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Les Amis de la Forêt du Gâvre

UN ARGUMENTAIRE QUI SUPPORTE MAL L'EXAMEN

 

 

Certains des articles de presse parus et reportages diffusés à la suite de notre manifestation du 22 mai 2022 au Rond-point de l’Etoile et au Parcours de Santé ont également donné la parole, sur le mode contradictoire, à l’ONF (qui a également publié un communiqué, examiné en détail ICI). Par ailleurs, il s’est trouvé que, la veille de la manifestation, la chaîne LCP a diffusé un documentaire d’excellente facture, suivi d’un débat auquel était invité le président (du CA) de l’ONF. Il ne nous paraît pas inutile de revenir, par une analyse serrée, sur ces propos et déclarations qui déroulent un argumentaire contestable.

 

La forêt du Gâvre est-elle surexploitée ? – Télénantes-OF 22/05/22

https://telenantes.ouest-france.fr/lactu/article/la-foret-du-gavre-est-elle-surexploitee-par-lonf

https://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/nantes-44000/video-la-foret-du-gavre-est-elle-surexploitee-par-l-onf-194c6e35-44a2-4f1d-8a5b-e0e0d35e1f84

 

Article de France Bleu Loire Océan du 22/05/22 

Le directeur de l'agence régionale de l'ONF dans les Pays de la Loire, Nicolas Jannault, s’exprime.

 

Forêts françaises, en quête d'avenir 

Documentaire de Camille Geoffray (2022, 52 mn)

+ Nos forêts sont-elles en danger ?

Débat LCP animé par Rebecca Fitoussi, avec Jean-Yves Caullet, président du CA de l’ONF, 21/05/22

L’ONF, cet autre écosystème

 

Il n’est pas inutile, en préambule, de souligner que l’ONF n’est pas le monolithe que l’on pourrait croire, monstre froid de l’Administration française, appliquant aveuglément les politiques et directives décidées en haut lieu.

 

Qu’il s’agisse des missions, des méthodes et techniques, des personnels ou, bien sûr, des forêts elles-mêmes, il existe en vérité une grande diversité. Finalement, une sorte d’écosystème plus complexe qu’il n’y paraît à première vue. Si la logique productiviste et financière que son statut actuel d’EPIC (établissement public à caractère industriel et commercial) impose à l’ONF est très prégnante, tout le monde n’y adhère pas et l’on trouve en son sein des personnels, syndiqués ou non, très remontés contre ce qui a été fait, est fait et risque d’être fait de l’ONF, de leurs missions, de leurs métiers. Très remontés contre la casse de la forêt publique et la casse de l’emploi, au jeu pernicieux du contractuel contre le fonctionnaire, puisqu’on contractualise toujours davantage…

 

Saluons notamment ces personnels, agents, spécialistes de la futaie irrégulière, de la biodiversité, de l’arbre dans toute sa dimension biologique, lesquels se retrouvent trop souvent dans la situation de tant d’ingénieurs écologues et autres biologistes qui sont confrontés, dans les bureaux d’études privés où ceux-ci doivent travailler, à des enquêtes et des études environnementales par trop biaisées, qui ne visent souvent qu’à légitimer les projets d’aménagement de leurs clients privés ou publics…

 

On l’a compris, les Amis de la Forêt du Gâvre ne sont pas par principe contre l’ONF ou ses personnels. Nous savons trop ce que vivent et ressentent ces derniers. Les AFG veulent simplement que cette forêt soit la plus belle et pérenne possible pour les êtres qui y vivent et les êtres qui s’y rendent. Que cette forêt soit une vraie forêt, et non une usine à bois et à com’ sur l’accueil du public, la biodiversité et la gestion durable.

L’argument empathique

Un peu de compassion, ça ne peut pas faire de mal : technique du « on est vraiment désolé, on comprend que ce soit difficile à vivre, mais il le faut bien (= c’est pour votre bien) ! »

 

En somme, un mauvais moment à passer : plus vite l’on se sera fait une raison, et moins ce sera douloureux !

 

Si l’argument est, en lui-même, assez bien vu et tenté, il reste malgré tout un peu court pour qu’on puisse s’y laisser prendre. Il relève d’une technique de com’ assez classique : abonder dans le sens de son interlocuteur, de son contradicteur, pour le convaincre ou, à tout le moins, l’amadouer, et ainsi lui faire baisser les armes et entendre raison.

 

Car il y a certes le cœur, mais, un moment donné, il faut aussi savoir entendre raison : accepter ce qui doit être fait, évidemment présenté comme inéluctable et indispensable.

 

C’est ainsi, il faut faire avec, l’on n’y peut rien, il faut absolument en passer par là, aussi dommage et désagréable que cela puisse être. Puisque c’est pour le bien de la forêt et, finalement, pour notre bien à toutes et à tous :

 

« Et quand c’est la parcelle où les gens allaient ou vont se balader, forcément ça les impacte et on peut comprendre. »

 

« Donc [ces parcelles] à l'échelle humaine les gens les ont toujours vues. (...) Donc c'est compliqué pour eux qui voient le paysage changer sur dix ou quinze ans. Des arbres coupés qu'ils ont toujours connus pendant leur enfance. Je comprends que ça puisse avoir un impact sur eux, les troubler. »

L'argument relativiste

 

Il faut à tout prix relativiser, minimiser...

« Et là, effectivement, ça veut dire que, sur ces parcelles où on fait le renouvellement, le paysage va   changer. »

 

Et ben oui, ça va changer un peu, beaucoup, voilà tout. On va bien s’y faire quand même, surtout que, tout bien considéré, ces surfaces coupées, ça reste bien peu de chose !

 

« D’abord, on ne renouvelle pas toute la forêt en un an, en fait, on renouvelle une partie seulement de la forêt tous les ans, ce qui représente de l’ordre de moins de... de l’ordre d’un pour cent de la forêt, voilà, tous les… tous les ans, c’est même moins pour le chêne. »

 

« Dans nos documents d'aménagement, on met en place des zones de renouvellement. C'est environ deux sur la surface de la forêt par an, pas plus. »

 

Et le grand patron de l’ONF (Jean-Yves Caullet, le président de son C.A. – débat du 21/05/22 sur LCP) de renchérir (ou vice versa) à propos des coupes rases :

« Et donc cette focalisation sur cette technique, très partielle, dans la forêt française…

La journaliste : pourquoi partielle ? C’est pas du tout majoritaire comme technique ?

Mais bien sûr que non, bien sûr que non !

La journaliste : c'est-à-dire à quel pourcentage, vous avez une idée ?

(…) En forêt publique, c’est marginal

La journaliste : c’est vraiment si marginal que ça, parce que justement c’est le coeur du sujet de ce   documentaire ?

Mais parce que ça se voit, ça fait des belles images, ça mobilise le sentiment pour la forêt, ce qui est une bonne chose, il faut aller un tout petit peu au-delà. »

 

Ou lorsque le grand sachem, qui se veut aussi grand sachant d’une sylviculture bien gérée et maîtrisée, a la condescendance agacée…

 

Sauf que l’on a des yeux pour voir, et que ces coupes diverses et variées passent d’autant moins inaperçues que, les années se succédant, l’effet cumulatif est de plus en plus marqué.

 

Et l’on se demande vraiment bien pourquoi un énorme collectif (constitué de pas moins de 29 collectifs, associations, unions, fédérations + 2 mairies et 8 personnalités, tous attachés au devenir de dix massifs forestiers ou forêts périurbaines) a lancé le 21 mars 2022 un Appel des Forêts d’Ile-de-France (voir ICI) pour fortement dénoncer, entre autres choses, les coupes rases !

 

« Donc on va passer d’un stade où il y a des arbres qui sont des géants à un stade où on va avoir des tout petits arbres. »

 

« Aujourd’hui, les arbres qui sont sur cette forêt sont nés il y a deux cents ans, le climat change et il faut aussi qu’on ait des phases de renouvellement. »

 

Plus que limite infantilisant, le discours en vient à mobiliser les évidences, sauf que l’on nous parle bien de    « géants ». Et que l’on devrait trouver tout à fait acceptable et intéressant, normal, de devoir les échanger contre de « tout petits arbres » !!!

 

Voilà qui est, au demeurant, encore une fois dans la droite ligne du N° 1 de l’ONF (Jean-Yves Caullet), lequel n’a pas hésité à énoncer cette phrase profonde :

« En fin de compte, quand on coupe un arbre, on le coupe au ras du sol ; quand on en coupe deux, ça fait une surface rasée ; quand on… »

Non sans avoir commis, juste avant, celle-ci : « Entre une coupe de régénération finale d’une futaie régulière de chênes héritée de Colbert et un rythme cinquantenaire en forêt des Landes, à un moment donné, on a une coupe rase. Mais ça n’a rien à voir dans un cas comme dans l’autre. »

 

Voilà bien une mentalité qui n’a pas l’air d’avoir beaucoup évolué depuis ce milieu du 19e siècle qui vit ces incroyables géants de la Terre, les séquoias toujours verts (sequoia sempervirens) et géants (sequoiadendron giganteum) de Californie, et les eucalyptus regnans de Tasmanie, tout juste découverts, subir aussitôt les ravages d’une exploitation à outrance qui menaça derechef de faire disparaître ces merveilles venues du fond des âges.

 

L’on aurait pu penser qu’à notre époque – en un siècle confronté à des défis aussi « insignifiants » qu’une perte dramatique de biodiversité et des bouleversements climatiques extrêmement rapides –, dès lors que l’on parlerait de « géants » ou de « chênes hérités de Colbert », la question ne se poserait même plus, il ne devrait plus y avoir de débat : ces arbres devraient être sauvegardés coûte que coûte, mis hors d’atteinte de toute exploitation, comme on le ferait pour n’importe quel château, monument historique ou élément patrimonial de notre passé religieux, industriel, architectural… (ici une grue jaune ou une grue noire sauvée, là un vieux gréement, ou une tour Lu, à jamais inconsolable de la perte de sa tour jumelle... [pour prendre quelques exemples nantais]). 

 

Surtout qu’il s’agit bien de forêts domaniales, et donc publiques (le fait qu’elles relèvent juridiquement du domaine privé de l’Etat ne change rien à l’affaire…).

 

Eh bien non, on ne veut pas en démordre, il faut couper, couper, couper encore et encore. Quoi de plus naturel, ou plutôt humain, n’est-ce pas ?!

 

Et pourtant, comme l’a rappelé à de multiples reprises et de différentes manières LE spécialiste mondial des forêts primaires, Francis Hallé :

« Dix jeunes arbres ne remplacent pas un vieux : un quart de siècle au moins sera nécessaire avant que la dépollution atmosphérique ne retrouve son niveau initial. »

 

Ou encore, parlant de l'abattage d'un vieil arbre et de son remplacement par dix jeunes arbres de la même espèce : « J’estime que c'est une triple arnaque. Patrimoniale, car le vieil arbre était considéré comme un monument aux yeux des habitants. Financière, car le vieil arbre ne coûtait rien, tandis que les dix jeunes vont coûter très cher, à planter et à entretenir. Enfin écologique, car il faudra 25 ans pour que les 10 jeunes arbres remplaçant le vieux atteignent une performance équivalente en matière d’épuration atmosphérique. » (propos recueillis par Marjorie Bison, EchoSciences Grenoble, 23/06/14).

 

Il n’est pas non plus inutile de rappeler ici que, depuis la transformation en 1965 – par un Edgar Pisani dont l’agenda productiviste n’a pas sévi que dans l’agriculture, pour le meilleur et pour le pire (loi du 23/12/64, décret du 01/01/66) – de la vieille administration des Eaux et Forêts colbertiste en EPIC (établissement public industriel et commercial) de l’ONF, les gestionnaires des forêts publiques sont sommés de s’autofinancer le plus possible (vente de bois et location de lots de chasse).

Colbert et ses successeurs avaient notamment en tête les fameux « bois de marine », indispensables à la construction d’une marine de guerre digne de ce nom, très consommatrice en grands arbres de qualité et en bois aux formes particulières.

L’ONF d’aujourd’hui – qui a de plus en plus l’allure d’une peau de chagrin et se trouve toujours plus abimé par l’injonction de rentabilité, encore renforcée dans les années 2007-8 – n’a décidément plus grand-chose à voir avec ces Eaux et Forêts de « l’âge d’or » des 17e et 18e siècles où de grandes réformes renforcèrent et modernisèrent considérablement l’administration des forêts royales dans le sens de leur préservation et de leur extension (et l’on pourrait également remonter aux tout débuts, au 13e siècle, ou s’attarder sur ce que firent nombre de successeurs de Colbert).

 

Et voilà comment l’on en est encore actuellement, dans les forêts domaniales, à faire des coupes rases et à donner, quoi qu’on en dise, la priorité à un productivisme hors d’âge.

L’argument climatologique

 

« Aujourd'hui, on parle beaucoup de réduction de notre impact carbone et le bois est une vraie solution pour ça, pour réduire l'impact carbone. Il faut qu'on fasse venir du bois des forêts locales. En fait, si on les fait venir de très loin, par exemple des forêts tropicales ou de l'est de l'Europe, on aura un impact carbone très, très fort. Alors que si on fait venir le bois des forêts locales gérées durablement, on va réduire notre impact carbone et on aura un impact beaucoup moins important sur le climat. »

 

Passablement spécieux, cet argument nous vend qu’il vaut mieux utiliser du bois local, d’â côté, de France, plutôt que de l’Europe de l’Est, et bien sûr de l’autre bout du monde. Côté empreinte carbone, c’est évidemment mieux !

 

Sauf qu’il a été suffisamment démontré que c’est bel et bien « notre bois » qui file souvent à l’autre bout du monde, que ce soit à cause des problèmes actuels sur le marché nord-américain du bois ou des besoins considérables en bois du marché chinois, puisque la Chine a arrêté d’exploiter ce qui reste de ses forêts, tellement surexploitées, essaie de leur refaire une santé sur le long terme et, en conséquence, fait systématiquement son marché à travers le monde. L’obligation d’une première transformation des grumes dans des scieries locales françaises est assez facilement contournée et ne fonctionne pas correctement.

 

L’on nous dit à l’envi qu’il s’agit de toute façon de bois bas de gamme, destiné à des usages spécifiques. Mais, de fait, c’est aussi du bois de premier choix qui part en Chine, et ce d’autant mieux que les acheteurs chinois ont les moyens financiers de leurs ambitions, des « poches suffisamment profondes » pour rafler la mise lors des ventes de bois lorsqu’ils le souhaitent.

 

A ce compte-là, l’empreinte carbone ne s’abaisse pas, mais s’envole, au contraire, et ce d’autant plus qu’une bonne partie de ce bois nous revient dans les magasins (d’ameublement, de bricolage, etc.) et chez les installateurs sous forme de lames de parquet, meubles et autres produits transformés, finis. On a donc l’aller et le retour !

 

De toute façon, le vrai sujet du carbone n’est pas là ! Il est dans le fait que le carbone se trouve capté, stocké dans le bois des arbres de la forêt, mais même aussi – cela est désormais démontré – dans le sol forestier (dès lors qu’il s’agit bien d’un écosystème en équilibre, qui va afficher une biomasse et une biodiversité d’autant plus élevées qu’il est ancien et préservé).

 

A partir du moment où l’on coupe ces arbres sur pied, gros capteurs de carbone, et où l’on massacre leur sol pour les exploiter, puis pour repartir sur une nouvelle plantation, l’on se retrouve avec une régression majeure dans la rétention du carbone.

 

Et si – comme c’est de plus en plus souvent le cas -, ce bois part dans la filière « bois-énergie » où il est destiné, sous forme de bois-plaquette ou autre (y compris bien souvent en broyant les futs entiers et non juste les branchages ou de simples déchets de coupe) à alimenter les besoins de plus en plus énormes des chaufferies bois-énergie, des centrales à biomasse et des installations du même ordre qui se sont multipliées pour faire de l’énergie verte et renouvelable qui n’en a guère que le nom, il est clair que tout cela ne permet pas de conserver captif le carbone, mais ne fait, au contraire, qu’accélérer sa libération dans l’atmosphère.

 

Non sans oublier que l’accélération du réchauffement climatique – renforcé par la déforestation des régions tropicales et équatoriales – commence à entraîner une libération avérée du carbone (et du méthane) contenu en quantités prodigieuses dans le permafrost des régions arctiques et subarctiques, un phénomène aux redoutables conséquences. 

 

Dans ces conditions, l’on comprend bien qu’il n’est absolument pas possible de pouvoir considérer que les modes actuels d’exploitation de nos forêts françaises sont de nature à « réduire notre impact carbone » et à avoir « un impact beaucoup moins important sur le climat ». L’on aura effectivement  « un impact carbone très, très fort », mais pas dans le bon sens !!!

 

L’on se reportera utilement, sur le sujet du bois-énergie, à ce récent rapport (2022) de Forest Defenders Alliance (ICI).

 

« Les parcelles qu'on met en renouvellement, ce sont des parcelles qui ont 200 ans pour les parcelles de chênes. »

 

« [Le renouvellement] c’est ce qui va garantir que la forêt sera mieux adaptée aussi au changement climatique. Aujourd’hui, les arbres qui sont sur cette forêt sont nés il y a deux cents ans, le climat change et il faut aussi qu’on ait des phases de renouvellement en forêt pour permettre aux arbres de s’adapter. »

 

Autrement dit, si l’on coupe ces arbres et qu’on les met à mort, c’est pour leur bien ! C’est donc en abattant et en arasant, en mettant à nu et en bouleversant le sol, en massacrant l’organisation des écosystèmes forestiers et des réseaux vivants souterrains, en faisant violemment régresser la biodiversité de ces biotopes fragiles, que l’on va – l’on en est sûr ! – adapter la forêt au changement climatique !

 

« Pour permettre aux arbres de s’adapter », c’est simple, il faut les tuer ! Si ce n’est pas là encore un bel exemple de greenwashing ! L’on se garde bien de dire qu’exploiter ces arbres de 200 ans, c’est surtout toucher un irrésistible pactole. Quant à ce raisonnement pseudo-scientifique qui voudrait faire croire que de petits plants d’espèces miracles mis en terre dans des environnements dégradés, soumis à des conditions climatiques elles-mêmes dégradées, et peu ou prou selon les mêmes méthodes d’un productivisme forestier qui envisage les forêts comme des plantations, il revient largement à signer un chèque en blanc pour un marché de dupes sans aucune garantie sérieuse de résultats – en tout cas pas ceux qu’attendent tant les espèces animales et végétales que les citoyennes et citoyens de ce pays.

 

Surtout lorsque – face aux imprécations d’un grand tenant de la filière bois et, pourrait-on croire, de la pensée magique, lequel assène « on est dans l’action, on n’est pas dans la contemplation » – un éminent enseignant-chercheur garde, lui, suffisamment de lucidité et de recul pour pouvoir déclarer (documentaire « Forêts françaises, en quête d’avenir » diffusé avant le débat évoqué plus haut – lire ses différentes interventions plus bas, dans le dernier encadré) : « Cette inquiétude [du réchauffement climatique] ne doit pas servir de prétexte à une augmentation de l’artificialisation de la forêt (…) [où il s’agit de] trouver cette fameuse essence miracle qui sera adaptée au climat futur tout en étant adaptée à tous les climats qui vont intervenir avant d’arriver au climat futur, qui va être bien adaptée à l’introduction dans l’écosystème, qui ne pas trop perturber l’écosystème, cette fameuse essence miracle que tout le monde cherche, et qui n’a pas de sens ! »

L’argument du grand cycle nécessaire

 

« C’est le renouvellement de la forêt. »

 

« D’abord une forêt bien vivante, et pas une forêt dépérissante. »

 

Voilà bien le terme qu’il s’agit de marteler : c’est par le renouvellement que passera le salut, c’est par cet impératif que la forêt sera sauvée. Mieux vaut parler de « renouvellement » que de « coupe » ! Si l’on suit cet argument jusqu’au bout, l’on se demande comment, aux temps préhistoriques et longtemps après encore, les forêts avaient bien pu couvrir la majeure partie de l’Europe et notamment du Massif armoricain, comment toutes ces forêts profondes pouvaient-elles donc survivre et… se renouveler ?! Puisqu’il n’y avait pas de forestiers, de sylviculteurs pour s’en occuper !

 

Du reste, la dernière grande forêt primaire de plaine d’Europe, la forêt de Bialowieza, était-elle vraiment si dépérissante avant que le gouvernement polonais, décidément rarement en reste d’une « bonne » initiative environnementale, n’autorise l’industrie forestière à se livrer à une véritable mise à sac, en dépit des efforts de l’Europe, des écologistes et de la communauté scientifique ?

 

Et nos forestiers de devoir abattre et abattre encore pour éliminer ce qui est mort ou va l’être, dans ce qui tient plus de la plantation que de la forêt, et sauver ce qui peut encore l’être de la « dent » insatiable des scolytes ravageurs.

 

L’on ne s’y prendrait pas autrement si l’on voulait nous faire accroire que c’est dans l’ADN du forestier que de couper pour replanter, pour… renouveler. Sauf qu’après avoir décortiqué les différents arguments, l’on n’a plus guère d’appétence pour un tel discours de la méthode (forestière) très orienté, où ce sont les mêmes qui sont juges et parties, dans un conflit d’intérêts insoluble, sauf peut-être si l’on commençait par appliquer l’une des mesures appelées par le collectif cité plus haut : « un moratoire sur les coupes (…) suivi d'une expertise indépendante et scientifique sur l'état des massifs et le bilan de la gestion des forêts faite par l'ONF depuis 1965. »

 

La « forêt dépérissante » est celle que nous a donnée la gestion conduite depuis 1965, et celle qu’on nous prépare de nouveau pour les décennies futures avec encore et toujours des plantations d’arbres. 

L’argument de la durabilité

 

« Mais nous, on travaille sur le long terme, à l'échelle des arbres. »

 

« On le fait dans le cadre d'une gestion durable. Et figer la forêt, en fait, ce n'est pas la solution. »

 

« La gestion est considérée durable à partir du moment où on respecte les enjeux de biodiversité et on prévoit dès lors qu'on coupe des arbres, qu'on prévoit aussi le renouvellement de la forêt. »

 

La durabilité fait figure d’argument ultime du greenwashing forestier. L’on voudrait nous faire croire comme indispensable de couper, de « renouveler »,  qu’il suffit de replanter, après avoir tout détruit, pour que la magie de l’ordre naturel rétablisse comme par enchantement une biodiversité ainsi devenue encore plus riche et épanouie qu’auparavant. C’est certainement en coupant de gros arbres anciens qu’« on respecte les enjeux de biodiversité », c’est certainement ça « une gestion durable », ça tombe sous le sens…

 

Et pour que ça marche, il ne faut surtout pas que la forêt se fige, telle on ne sait trop quelle colle ou quel mortier à prise rapide ! Non sans oublier un peu vite que, justement, un écosystème n’est jamais figé (quand bien même il en aurait l’air), que les interactions sont incessantes et d’autant plus complexe que le milieu est ancien. Et que le renouvellement naturel s’opère de lui-même, les arbres tombés créant des clairières dont le cortège d’espèces spécifiques laissera bientôt la place à de nouvelles espèces au fur et à mesure que de jeunes arbres vont pousser et que la forêt va se refermer pour un nouveau cycle naturel au long cours. On aura compris que c’est bien sûr le mode de gestion et d’exploitation recourant à la futaie irrégulière, et non à la futaie régulière – arbres tous de même âge, finissant tous coupés en même temps (comme les porcs ou les poulets d’une usine d’engraissement) –, qui se rapproche le plus de ce cycle naturel de la forêt et est le plus gage d’une riche biodiversité et d’un renouvellement harmonieux. Que c’est cela le mode de gestion durable vers lequel il faut tendre.

 

Car est-ce vraiment une gestion durable que d’abattre des pins au bout de 30-40 ans, des chênes au bout de 100, 150, 200, 220 ans – allez, soyons généreux (parcelles de vieillissement), 270 ans ? Alors que ces arbres peuvent vivre plus vieux, bien plus vieux même pour le chêne, jusqu’à 500, 800 et même +1000 ans. Mais voilà, il y a l’impératif du profit et de la rentabilité, et sur le terrain et en scierie des engins nord-américains et scandinaves calibrés pour des circonférences et des dimensions bien moindres que ces vieux bois non standard – par exemple, des abatteuses qui font merveille sur des hectares de pins ravagés par les scolytes !

 

C’est sans doute cela travailler « sur le long terme, à l'échelle des arbres » !

En vérité, les « enjeux de biodiversité » sont tellement bien respectés qu’il suffit, pour ce faire, qu’il ait été décidé de replanter des arbres (= parcelle de renouvellement) une fois que les précédents auront été coupés (par voie de coupe rase). La gestion durable, c’est aussi simple que cela. Autrement dit, quasiment faire ce que l’on faisait déjà – couper et replanter (et principalement du résineux) !

 

« On met en place des techniques qui permettent d'avoir des jeunes arbres qui poussent en dessous, ce qui permettra de rajeunir la forêt et d'avoir une forêt qui puisse avoir tous les stades des arbres et qui puisse être mieux adaptée, notamment aux changements climatiques. »

 

Et voici que le positivisme d’une sylviculture qui veut croire à ses chances face au réchauffement climatique tout en continuant à faire des gros sous prétend avoir trouvé une nouvelle technique, censée permettre, en quelque sorte, de faire de la futaie irrégulière à bon compte, mais à l’échelle des coupes rases, assez pompeusement dénommé « gestion smart » (du « smart » plus roublard que malin ?). On met du pin, mais on dit que c’est pour faire du chêne… 

L'Office National des Forêts rappelle que la gestion des massifs forestiers est très réglementée. Elle dépend d'un plan de gestion (validé par les autorités) qui détermine toutes les actions menées sur 20 ans, et prévoit notamment quelles sont les parcelles où les arbres seront coupés (dites "zones de renouvellement").

« Ce document d'aménagement [plan de gestion du massif sur 20 ans validé par arrêté ministériel] prévoit que la forêt puisse répondre à trois fonctions principales. D'abord la garantie que la biodiversité sera bien préservée, notamment parce qu'on est dans un site Natura 2000. Ça fait partie des enjeux principaux de la gestion durable. Il y a aussi la possibilité pour le public de venir en forêt dans de bonnes conditions. Et enfin, la forêt permet de fournir du bois à la société. »

 

Voici enfin posé le grand concept directeur qui doit régir la gestion de la forêt française par l’ONF, celui de la multifonctionnalité.

Il vaut mieux, tout d’abord, ne pas trop compter sur l’estampille « Natura 2000 », pas plus que sur le classement en Znieff (Zone naturelle d'intérêt écologique, faunistique et floristique), ni même sur le label ONF « Forêt d’Exception » (là où il existe), pour garantir « que la biodiversité sera bien préservée », car il n’y a rien là qui offre des gages juridiquement sérieux et définitifs de préservation de la biodiversité…

 

Assurer les trois fonctions principales constitutives de la multifonctionnalité revient à satisfaire aux « enjeux principaux de la gestion durable ». Outre la biodiversité, il convient donc de se préoccuper aussi de l’accueil du public, c’est-à-dire de « la possibilité pour le public de venir en forêt dans de bonnes conditions ».

 

Cela passe, par exemple, par des initiatives actées ou sérieusement envisagées telles que la fermeture des aires de débardage (pouvant servir de parkings visiteurs hors activité), la fermeture de certaines routes forestières, la fermeture systématisée de barrières d’accès sans petit parking adjacent, le remplacement du gravillon fin sur la chaussée de certaines allées par du gros gravier routier (plus adapté aux engins surdimensionnés qu’aux poussettes familiales), la fermeture de sentiers de découverte, la suppression-déplacement du parcours de santé, le défaut de présence ou d’entretien du mobilier forestier (panneaux, abris, tables…) l’application à l'occasion tatillonne de certaines règles mineures de police forestière, le discours excessivement culpabilisateur à l’égard des cueilleurs de champignons, des observateurs du brame, etc., bref, finalement, de tous ceux qui n’entendent pas se contenter du seul rond-point de l’Etoile !

 

Cela passe évidemment aussi par la multiplication des zones sans arbres, de savane aux arbres épars, où la molinie et les fourrés président au renouvellement, avec parfois un rideau de feuillus en bordure de parcelle pour faire illusion. Ceci allant de pair avec la limitation des vieilles futaies, du gros bois, à quelques ilots symboliques de sénescence ou de vieillissement, représentant moins de 1 % du massif (!) et toujours à la merci de quelque coupe sanitaire qui en réduira encore à bon compte la portion congrue.

 

C’est certainement ce genre de forêt que le public recherche lorsqu’il vient en forêt du Gâvre…

 

Une forêt censée abriter des cervidés que le grand public aimerait tant admirer, mais qu’il n’a quasiment aucune chance de voir jamais, et encore moins d’approcher, sauf à être très chanceux, et dont les représentants, pourchassés et dérangés, préfèrent le plus souvent aller voir ailleurs – et on les comprend…

 

Enfin, si l’ONF entend s’occuper de si belle manière du bon accueil du public, il ne perd pas de vue pour autant le troisième élément de la multifonctionnalité, également considéré comme faisant « partie des enjeux principaux de la gestion durable » : l’exploitation forestière, afin que la forêt soit à même « de fournir du bois à la société », afin que la forêt domaniale apporte sa contribution à ce louable dessein. 

 

L’on sait combien cette activité de fourniture « du bois à la société » pêche par une litanie de travers divers et variés – volumes excessifs, coupes rases, méthodes et matériels, privatisation rampante de fait et de plus en plus assumée, rapports avec les sociétés d’exploitation, etc.

 

L’on pourrait s’attendre à ce que les forêts domaniales – ne couvrant que 2,76 % du territoire métropolitain français et à peine 9 % de la superficie forestière totale métropolitaine (en 2021) et seulement 0,66 % de la superficie de la Loire-Atlantique où toutes les forêts ne représentent que 9 % du territoire – soient laissées largement en dehors des enjeux d’exploitation forestière, au regard de la faiblesse manifeste de ces superficies et de l’importance majeure, toujours plus prégnante, des enjeux de biodiversité et d’accueil du public.

 

Il n’en est manifestement rien, même dans l’Ouest de la France où les superficies sont encore plus réduites qu’ailleurs, même en Loire-Atlantique où il n’existe qu’une seule forêt véritable, une seule forêt domaniale, de  « seulement » 4500 hectares. C’est bien l’exploitation qui prime, encore et toujours. En dépit de tous les discours, de toutes les affirmations du contraire, pour la com’. Combien de temps faudra-t-il donc encore attendre avant que l’ONF ne prenne toute la mesure de ses incohérences et inverse résolument son sens des priorités ?

 

Alors, bien sûr, l'on peut tenter de se rassurer en se disant que le grand virage vers l'indispensable généralisation de la gestion en futaie irrégulière – garante d’un couvert permanent, d’une biodiversité maintenue, d’un accueil digne des attentes légitimes des populations – a été pris dans certaines forêts domaniales, et que cela commence à se voir.

 

C’est justement censé être le cas dans les cinquante forêts domaniales d’Ile-de-France, des forêts périurbaines      où l’ONF a fini par comprendre qu’il n’est plus gérable de... gérer comme avant, comme ailleurs (comme dans ces « autres territoires, aux attentes sociétales différentes, [où] d’autres techniques sylvicoles seront privilégiées »… !!!). L’appel du 21/03/22 lancé par le collectif évoqué plus haut montre que l’on est encore bien loin du compte et que l’ONF en prend trop à son aise, au prétexte que son action s’inscrit nécessairement dans le temps long de l’arbre.

 

Ce passage généralisé à la futaie irrégulière doit s'opérer aussi, et au plus vite, dans cette forêt du Gâvre qui a désormais toute légitimité pour être, elle aussi, considérée comme et gérée comme une forêt périurbaine. Le prochain plan d’Aménagement forestier devrait impérativement prendre en compte la nécessité de cette nouvelle donne. La nécessité, en particulier, de relever très significativement la superficie et donc le nombre des parcelles en sénescence et en vieillissement.

 

Encore faut-il, pour ce faire, qu’il reste en forêt du Gâvre du vieux bois à préserver – aux Chêtelons, au Parcours de Santé, au Pilier, et ailleurs… Il conviendrait que cela passe, dans les meilleurs délais (et sans attendre 2027), par un amendement en bonne et due forme de la Révision de l’Aménagement forestier en vigueur (comme en 2017). C’est possible et nécessaire.

L’irréparable doit être évité. Il est attendu des gestionnaires modération et clairvoyance, afin que leurs actes soient à la hauteur des attentes profondes des populations comme des élus qui les représentent et qui sauront certainement à l’avenir se montrer, eux aussi, de plus en plus attentifs à l’évolution de cette forêt domaniale dans le sens des meilleures exigences en matière d’enjeux environnementaux, d’intérêt général et de gouvernance publique.

Forêts françaises, en quête d'avenir 

 

Dans ce documentaire, fort bien construit, qui fait le point sur la question, l’on suit Camille Geoffray au fil de son enquête. A son collègue la tâche, notamment, d’assister à la grand-messe annuelle de la filière bois, où les grosses coopératives forestières donnent à voir les méthodes en vogue et les matériels dernier cri, et surtout affichent, sans complexe, leur foi dans le productivisme triomphant (voir ci-après les propos d’un important dirigeant). Et où l’on voit d’ailleurs Canopée ne pas hésiter à apporter un petit grain de zizanie !

Camille Geoffray, pour sa part, a la bonne idée d’aller interviewer Max Bruciamacchie, ingénieur et enseignant-chercheur à AgroParisTech, qui apporte un contrepoint scientifique bienvenu et remet les choses en perspective.

 

Extraits :

 

« Le problème de la forêt française, ce n’est pas sa surexploitation, c’est sa sous-exploitation. (…) La forêt française n’a jamais autant besoin de l’homme que dans les cinquante prochaines années. La forêt française ne pourrait pas réagir au changement climatique qui va beaucoup trop vite pour qu’elle s’adapte naturellement. (…) On est dans l’action, on n’est pas dans la contemplation. » Dixit Stéphane Vieban, Directeur général d’Alliance Forêts Bois, la plus importante coopérative forestière de France [40 000 adhérents] dans cette très rigoureuse et éclairante contribution au débat qu’est le documentaire LCP « Forêts françaises, en quête d’avenir ».

 

Même s’il s’agit pour M. Vieban de « prêcher pour sa paroisse », en plein salon forestier, voilà des propos bien définitifs, des certitudes assénées avec une suffisance qui laisse songeur…

Verbatim des propos de Max Bruciamacchie dans le doc de LCP :

 

De l’essence miracle salvatrice

Cette notion d’urgence, de risque, par exemple par rapport au changement climatique, il faut relativiser par rapport à ça. Il y a souvent un argument qui est de dire il faut tout changer, parce que si on ne s’y prend pas maintenant, demain ce sera trop tard. Cette inquiétude, elle ne doit pas servir de prétexte à une augmentation de l’artificialisation de la forêt.

Journaliste : vous entendez par là une vision simpliste, tout enlever, repartir à zéro, en pensant que ce sera mieux plus tard ?

Trouver une essence, c’est ça, oui, cette fameuse essence miracle qui sera adaptée au climat futur tout en étant adaptée à tous les climats qui vont intervenir avant d’arriver au climat futur, qui va être bien adaptée à l’introduction dans l’écosystème, qui ne pas trop perturber l’écosystème, cette fameuse essence miracle que tout le monde cherche, et qui n’a pas de sens, quoi !

 

De la futaie irrégulière

La sylviculture à couvert continu, son principe, c’est une approche par arbre. Il y a différents types de sylviculture, on peut les regrouper en deux gros paquets. Celles qui ont une approche par arbre, et celles qui ont une approche par surface. Quand vous avez une approche par arbre vous décidez arbre par arbre. Donc vous êtes beaucoup plus dans la variabilité. Ce qui caractérise un écosystème, c’est la variabilité des essences, des qualités, des dimensions, des capacités de réaction…

Il ne faut pas oublier que, souvent, un faible pourcentage de volume assure l’essentiel de la récolte financière d’une propriété. C’est-à-dire qu’il s’agit de bien choisir les arbres auxquels on va donner une fonction financière importante, et puis à côté les autres ont des tas d’autres fonctions. Les mélanges d’essences, c’est bon pour la régénération des autres essences, il y a des tas de choses qui se passent en forêt que l’on pourrait utiliser, et quand on fait ça, on n’a pas besoin que tous les arbres jouent le même rôle.

Et puis, si vous gérez par arbre, si vous vous trompez, c’est plus facile à cicatriser. Vous voyez, vous avez fait un choix, mais qui est local. Quand vous gérez par surface, vous faites des choix qui vous engagent beaucoup plus fort.

Là, par exemple, on a eu des années un peu compliquées, 2018, 2019, 2020. Des années chaudes… Supposons que vous avez planté des arbres en 2018, les jeunes plants, vous êtes obligés de les replanter, à 100 %, vous êtes obligé de recommencer le boulot. Donc vous l’avez fait en 2018, vous le refaites en 2019, vous le refaites en 2020. Vous voyez, vous augmentez les problèmes.

Si vous avez introduit quelques plants dans une forêt, il y a cette fonction microclimatique, cette humidité relative qui fait que les jeunes, eh bien, ils vont plus facilement supporter les années un peu difficiles.

 

Des effets des subventions

Il y a toujours des effets pervers aux subventions. Si, par exemple, vous subventionnez plus des plantations sur des grandes surfaces, vous allez dans le sens de l’augmentation de  l’artificialisation de la forêt. Et je trouve ça dommage… Après, il faut voir les modalités pratiques. Est-ce que j’interviens sur des surfaces plus grandes, en plein, ou est-ce que j’interviens ponctuellement. Si j’interviens ponctuellement, je vais pouvoir intervenir globalement : localement ce sera sur des surfaces plus petites, mais je vais pouvoir intervenir sur une plus grosse surface. On a une difficulté, c’est que souvent les choix qui sont faits sont faits par rapport à la facilité de contrôler l’argent public. C’est plus facile de contrôler une parcelle de 10 hectares, en une seule fois, que d’aller contrôler sur 1000 hectares des points d’appui à droite et à gauche. Est-ce qu’ils ont vraiment été faits, vous comprenez le truc. On peut avoir cette facilité du contrôle qui devient primordial par rapport à ce que ça peut apporter derrière. Vous avez aussi des aides sur les travaux. Vous avez une aide sur les travaux qui va vous inciter à faire des travaux. Vous voyez, vous allez aider ceux qui ont fait une gestion plus artificielle. Donc, c’est ça quand je parle des effets pervers des subventions, c’est de regarder dans le mécanisme à quoi ça conduit.

 

(voir ICI les effets pervers du plan gouvernemental actuel de relance forestière qui conduit surtout à financer massivement davantage encore de coupes rases et de plantations de résineux en monoculture)

 

RETOUR SUR LE

Communiqué ONF du 26/05/22

(« Forêt domaniale du Gâvre - Mise au point de l’ONF ») 

POUR DECONSTRUIRE LE DISCOURS ET

NE PAS S'EN LAISSER COMPTER !

 

 

La Direction territoriale des Pays de la Loire a considéré qu’elle se devait de réagir à notre manifestation du 22/05/22, par delà les propos qu’elle a pu exprimer à cette occasion dans les différents médias d’information (articles, reportages), par un communiqué officiel en bonne et due forme, intitulé « Forêt domaniale du Gâvre, mise au point de l’ONF » (nom du PDF : « Mise au point sur la gestion de l'ONF en Fd Gâvre »).

 

Preuve que notre action ne laisse pas indifférent un ONF qui n’en finit plus de déclencher des contre-feux et d’essayer de mettre en place des pare-feu face au flot incessant des critiques – internes et externes – qui ne cesse de dégrader son image et de saper sa parole.

 

Soyons gré à l’ONF de conserver encore, pour l’heure, suffisamment d’ADN administratif et public pour savoir rester dans une relative neutralité de l’expression, empruntant à un registre de modération et de mesure, de sorte qu’il s’agit de répondre à nos « affirmations » (comprendre, bien sûr, erronées et inexactes, mais du moins point ouvertement qualifiées d’inexactitudes, d’erreurs, de fariboles, inepties ou autres mensonges grossiers…). Donc, face à ces « affirmations », il fallait que l'ONF porte au plus vite à la connaissance du public ces importants éléments factuels qui avaient si curieusement échappé aux Amis de la Forêt du Gâvre (sauf à les avoir délibérément omis…).

 

Nous avons donc droit à un exercice d’autojustification assurant le déroulé de la ligne officielle au fil de cinq parties qui visent principalement à nous répondre point par point concernant les quatre parcelles dont la gestion est plus particulièrement mise en cause et qui suscite de notre part critiques et inquiétudes.

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Partie 1 :

parcelle 120

Partie 1 : parcelle 120

 

Notre manifestation s'est tenue au Parcours de Santé et avait en ligne de mire cette parcelle 120 sur laquelle il est implanté. C’est donc par cette parcelle que le  communiqué commence, non sans choisir comme élément d’illustration un cliché de concert en forêt à l’occasion des Rendez-vous de l’Erdre. Un choix tout sauf innocent puisque, quoique non précisé, ce concert s’était justement tenu à ce même Parcours de Santé.

 

Et l’on ne peut que se souvenir, également, que c’est sur ce même lieu que l’ONF avait déjà jeté son dévolu afin   qu’il serve d’écrin à son opération de communication Un œil en forêt (oct-nov 2020), d’inspiration naturaliste, qui entendait célébrer ostensiblement la biodiversité de ce massif forestier du Gâvre par des photos XXL d’animaux forestiers disposées in situ.

 

Comment ne pas rester sidéré et plus que songeur face à cette démarche contradictoire de l’ONF qui consiste,   d’une part, à recourir très volontiers au Parcours de Santé pour valoriser ses initiatives en matière de biodiversité  et d’accueil du public, ou plutôt de com’ grand public, et, d’autre part, à afficher sa volonté de réduire à néant ce même parcours, que ce soit par son transfert ou par ce que l’ONF compte y faire ensuite ?

La lecture du paragraphe dévolu à cette parcelle dans le communiqué devrait avoir tout lieu de nous rassurer, du moins de nous rasséréner quelque peu (c’est son but !) :

 

Etude de tous les équipements d’accueil du public, afin :

a) de faire un état des lieux des « pratiques de découverte » de la forêt,

b) d’identifier les sites qui ont besoin d’entretien.

Insistance sur le « schéma d’accueil » à mener en concertation avec les élus et les associations d’usagers.

Et surtout bien noter qu’« aucune décision n’est donc prise » concernant ce fameux « vrai-faux » déplacement. De toute façon, l’on peut dormir tranquille : cet aménagement « fera l’objet de discussions », et – tenez-vous bien – c’est ce qui se fait pour « tous les autres équipements de la forêt ».

 

Comme si ces discussions et autres concertations devaient (pouvaient) nécessairement conduire à renoncer à ce projet. Manière de déminer, de faire de la gestion de crise, et exercice de com‘ en trompe-l’œil qui insiste lourdement sur le nouveau concept du moment que l’ONF entend agiter, celui du « Schéma d’accueil ». Manière d’essayer de redorer autant que faire se peut son image et d’apaiser les interlocuteurs avec qui il doit composer – élus (il y a le Conseil départemental, la Communauté de Communes, le Comité de Tourisme Erdre Canal Forêt…) et associations d’usagers. La politique d’accueil du public, notamment telle qu’elle doit être mise en oeuvre à travers le schéma d’accueil, c’est désormais du sérieux, du lourd, fini le temps du bricolage et des premières expérimentations. Elle est devenue une composante essentielle dans la stratégie de l’ONF pour contrecarrer la dégradation inquiétante de son image et l’hostilité grandissante à l’égard de ses pratiques forestières, particulièrement dans les forêts périurbaines, tout en escomptant préserver le plus possible sa liberté d’action dans ses « fiefs » des grandes régions forestières – à propos desquelles l’ONF s’autorisait à dire, dans un autre communiqué de 2017, que dans ces « autres territoires, aux attentes sociétales différentes, d’autres techniques sylvicoles seront privilégiées ». L’on comprend ce que cela veut dire.

 

C’est ainsi que cet aimable paragraphe est complété :

a) d’un petit tableau synoptique qui rappelle combien l’ONF se démène pour accueillir son public : 6 sentiers   balisés, dont 1 GR de Pays, 4 aires principales d’accueil, 3 balades connectées gratuites ;

b) d’un « calendrier pour la mise en place du schéma d’accueil » sur un an, d’un comité de massif au suivant qui verra le lancement de la fameuse « concertation », puisqu’on aura alors trouvé les sous auprès des nécessaires financeurs (Pays de Blain Communauté…). A noter au passage que la « présentation des grandes étapes de la démarche » à la ComCom a eu lieu le 17 mai, cette même semaine qui s'est terminée par la manifestation des AFG.

 

Mais, au fait, à force de parler accueil, discussions et concertation, voilà que l’on allait oublier l’essentiel… les  arbres ! Ces arbres que, n’en doutons pas, l’ONF entend bien exploiter, vendre, faire abattre et tronçonner, ces  beaux futs à l’insolente maturité qui n’attendent plus que le moment de se faire zigouiller, puisqu’ils n’ont jamais valu aussi cher et que le plan d’Aménagement Forestier exige désormais qu’ils y passent !

 

A preuve, ces cartes figurant dans le PowerPoint du Comité de Massif d’octobre 2021 qui montrent bien que l’on  veut mener à son terme la « régénération » de cette parcelle 120, laquelle se divise en 120a (régénération récente, moins de 3 m) et 120b : une partie en « coupe définitive récente », une autre en « 3e secondaire en 2020 » et une troisième avec le « parcours sportif/promenade ».

Trois scénarii sont proposés pour cette parcelle et le « parcours sportif/promenade ».

Le n° 2 revient à moduler légèrement le n°1, avec les mêmes « éclaircies fortes en bordure de parcelles » 100, 106 et 119, comme suit :

- 4,1 ha à régénérer dans 3/5 ans, réduits à 2,3 ha dans l’option n° 2 ;

- 4,5 ha (le long de l’allée du Coudraie) à régénérer dans 12/15 ans, réduits à  3,1 ha dans l‘option n° 2 ;

Avec, dans cette option n° 2, création d’une troisième zone centrale, longeant la précédente, de 3,3 ha à régénérer dès que possible.

(soit 4,1 + 4,5 = 8,6 ha ou bien 2,3 + 3,1 + 3,3  = 8,6 ha)

 

Mais, « fort heureusement », le scénario 3 est là pour calmer nos angoisses : « une régénération progressive sur 20 ans » qui « permettrait de réduire significativement l’impact paysager de la régénération et de préserver la zone d’accueil représentée par le sentier sportif. Les enjeux sociaux du site pourraient justifier cette forme de                  « transition douce ». Ouf !

 

Comme « environ 60 % de la surface de la zone à régénérer est actuellement couverte de semis entre 1 et 3 m de hauteur » (la seule zone 120a, l’on présume ?), « les arbres à récolter pourraient faire l’objet de prélèvements à intervalles réguliers, par exemple tous les ans, sur une période d’une vingtaine d’années, en intervenant prioritairement dans les secteurs les plus riches en semis. »

 

De quoi nous parle-t-on là, en vérité ? D’une sorte d’exploitation en futaie irrégulière (cette approche qui permet d’assurer en permanence une réelle couverture du sol, etc.) ? Sur vingt ans seulement ? L’on reste pour l'heure trop dans le flou et l'alambiqué (d’autant qu’aucune carte ne vient expliciter cette solution 3). Il n’est pas dit que  des/les arbres ne seront pas coupés dans la zone du Parcours de Santé. Et les arbres y sont déjà relativement espacés, de sorte qu’une exploitation des autres zones ne pourra que la fragiliser encore davantage lors des tempêtes et coups de vent, et sans qu’il soit vraiment redonné à l’ensemble l’aspect paysager d’une vraie forêt.

 

Mais surtout, c’est bien de « régénération » que l’on nous parle là. L'ONF « ne lâche pas l’affaire » et tient à exploiter sa parcelle, et non à la vouer une fois pour toutes à l’accueil du public, à la préservation des espèces, à la création d’un îlot de vieillissement. L’on est à deux pas du Rond-point de l’Etoile, en quelque sorte à l’endroit le    plus névralgique du massif, là où les enjeux d’accueil du public sont de fait les plus aigus, et l’ONF ne trouve rien    de mieux à faire que de vouloir encore et encore exploiter cette parcelle 120 – puisque c’est prévu comme ça et qu’on a déjà commencé avec tous ces semis !

 

Ah, ce joli mot de « régénération », si plein de belles promesses d’un avenir rallongé à souhait, d’une durabilité vigoureuse et épanouie ! Un mot qui va de pair avec cet autre terme très apprécié de l’ONF et des exploitants forestiers, celui de « renouvellement », autre euphémisme, trop souvent employé pour parler de coupes rases,    d’une forêt mise en coupe réglée.

 

L’on reste, pour le massif du Gâvre, en attente de cette nouvelle donne que devrait lui accorder urgemment une légitime reconnaissance de son caractère périurbain. Et cela doit commencer par une réelle et sincère remise à plat de la gestion de la parcelle 120 qui ne fait, rappelons-le, que 8,6 ha dans sa totalité !

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Partie 2 :

parcelles 32, 33, 34, 35

Partie 2 : parcelles 32, 33, 34, 35

 

De la parcelle 120, le communiqué passe ensuite aux parcelles 32, 33, 34, 35, autrement dit au secteur du Pilier. L’ONF admet d’entrée de jeu qu’il s’agit là de la partie la plus ancienne de la forêt, et que c’est bien là que l’on trouve les arbres les plus vieux. Témoins du temps jadis où l’exploitation se faisait par canton (= grand quartier). L’on peut toujours se reporter ICI pour se faire une idée plus précise de la forêt d’autrefois à travers le récit   détaillé qu’en a fait Edouard Richer en… 1824. Il ne lui avait pas échappé à l’époque que le nord de la forêt en constituait la partie la plus sauvage.

 

Après quoi, il s’agit pour l'ONF de démontrer en trois points ce qu’il faut faire et ce qui sera fait pour… renouveler. Censément avec bon sens, mesure, savoir-faire. Un savoir-faire qui entend s’inscrire dans le droit fil des forestiers d’autrefois qui avaient eux-mêmes déjà le sens du renouvellement. Sauf que désormais, l’on n’en est plus à travailler par canton et qu’il faut même « casser », rien de moins, cette « gestion passée par canton ». C’est, bien sûr, pour le   bien de la forêt puisqu’on va « ouvrir à la lumière » ces parcelles. De toute façon, il n’y a point d’inquiétudes inconsidérées à avoir, puisque ces coupes (point de lumière sans coupes, n’est-ce pas ?) « sont fragmentées en surface de 4 à 5 ha ».

 

Il faut bien comprendre, malheureusement, qu’il s’agit bien de coupes rases, avec tous les travers et désagréments que cela implique. Et que 4 à 5 ha, ce n’est pas rien. Surtout si l’on veut bien considérer qu’il est des pays où, depuis longtemps, ces coupes sont interdites ou nettement mieux réglementées et limitées en surface, justement.

 

Ce que rappelle utilement cet article de Reporterre (du 15/06/20) :

« Les coupes rases ne sont en rien une fatalité. De nombreux pays ont décidé de les réglementer, voire de les interdire. Depuis 1902, la Suisse a banni les coupes rases de son pays. Dans une loi de 1991, elle précise que « les coupes rases et toutes les formes d’exploitation dont les effets pervers peuvent être assimilés à ceux des coupes rases sont inadmissibles ». En 1948, la Slovénie a suivi son exemple et rendu obligatoire « une sylviculture proche  de la nature ». Depuis 1975, l’Autriche soumet les coupes de plus de 0,5 hectare à une autorisation spéciale et interdit celles de plus de deux hectares. Plusieurs Länder d’Allemagne ont aussi imposé de fortes restrictions aux coupes rases.

En Lettonie, leur taille est régulée en fonction du type de sol. Sur sol sec, elle ne doit pas dépasser cinq hectares. Sur sol humide, la coupe se fait par bandes n’excédant pas cinquante mètres de largeur pour les sols tourbeux, et cent mètres pour les sols minéraux. Toutes ces politiques se veulent des réponses locales aux dégradations des écosystèmes forestiers.

À l’inverse, en France, la réglementation est assez permissive. Par exemple, l’article L124-6 du code forestier fixe  une obligation de reconstitution du peuplement au plus tard cinq ans après une coupe rase plutôt que de définir   une surface maximale à partir de laquelle les conséquences négatives des coupes rases seraient interdites. »            « Autrement dit, dans le code forestier actuel, la forêt n’est pas définie comme un écosystème vivant, mais plutôt comme un capital dont on souhaite assurer la capacité à fructifier », analyse l’association Canopée. Voilà qui a le mérite d’être clair.

 

Dans ces conditions, l’on ne peut se satisfaire de ces seules initiatives, assurément bienvenues, que le communiqué prend soin de détailler :

a) sortie de la parcelle 32 du « programme de renouvellement lors de la révision du document de gestion en 2017  afin de limiter au maximum [!!!] l’effet cumulatif des zones en régénération » [eh oui, décidément pas terribles pour le paysage forestier, toutes ces coupes rases qui s’accumulent…). Preuve, soit dit en passant, que quand on veut,  on peut : par exemple, amender en cours de route l’Aménagement forestier prévu sur 20 ans. Il faut continuer en    ce sens, et retirer toutes ces parcelles d’autant plus convoitées que ce sont les plus belles ! Notons tout de même que l’hallali de cette parcelle n’est que remis à plus tard, elle n’est pas définitivement sauvée…

b) « mise en place d’un îlot de sénescence de 1.7 ha (P32) » et « d’un îlot de vieillissement de 18.7 ha (P34/37) ». Faut-il encore rappeler que ces divers îlots ne représentent qu’une infime partie de la surface totale du massif (même pas un pour cent !) ? S’il est heureux que ces décisions aient été prises, l’on reste vraiment très loin du compte.

 

Et si le point a) visait à ne point trop chagriner le promeneur, le visiteur, l’usager à la vue de paysages trop défigurés, le point b), pour sa part, vise à « préserver la biodiversité associée aux vieux arbres ». Cette bonne action préservatrice ne doit pas faire oublier que la meilleure manière de préserver cette fameuse biodiversité et cette qualité paysagère incomparables des vieilles futaies reste encore, évidemment, de ne pas toucher à ces arbres, de respecter pleinement et entièrement leur statut de vénérables ancêtres. L’on ne doit pas se lasser de répéter que c’est bien dans ce type de forêt laissée à elle-même, de parcelles de vieux bois, que se trouvent le plus de biomasse, la plus grande diversité d’espèces, les espèces les plus rares et caractéristiques du milieu forestier, les écosystèmes et les biotopes les plus aboutis et complexes, mais aussi les plus fragiles. Et c’est dans ces arbres et dans ces sols que le volume de carbone stocké est le plus élevé.

 

Puisque ces mesures « conservatoires » ont été prises, n’a-t-on pas lieu de se réjouir ? N’est-ce pas l’esprit léger   et rasséréné  que l’on devrait accueillir les mesures en cours ? On vous le dit, cela fait déjà 10 ans, oui, une décennie entière – l'aviez-vous même remarqué ? – que ces « coupes ont débuté ». Encore dix ans à ce train paisible de sénateur, pour que le « miracle » s’accomplisse, quasiment sans douleur : « peu à peu les grands arbres vont laisser la place à une nouvelle génération ». La chance ! C’est la nature, l’effacement naturel des générations ! L’on aura enfin troqué nos grands arbres magnifiques, de 25, 30, 40 mètres de haut et plus, contre une nouvelle génération de riquiquis dont le destin n’a aucune chance de jouer les prolongations, entre réchauffement climatique et exploitation forestière à outrance.

 

Cet incroyable marché de dupes nous est vendu en forçant le trait sur cette notion de lumière qu’il faut absolument faire entrer dans la forêt. Il faut ouvrir « à la lumière des surfaces plus petites », « progressivement le forestier va faire entrer la lumière ». Il est attendu de cette injonction quasi-hygiéniste, garante d’une forêt donnée, sans cela, pour moribonde à brève échéance, qu’elle fasse grandir les semis naturels – naturels puisqu’on a laissé à dessein     « des semenciers en place » et que l’on prétend ne pas devoir recourir à des plantations, une pratique pourtant souvent utilisée pour espérer atteindre les objectifs de renouvellement après une coupe rase. 

 

Dans ce « meilleur des mondes » où le décideur forestier, tel le souverain éclairé d’autrefois, ne doute pas de ce qui convient le mieux à ses sujets, à son peuple d’arbres, l’on aurait vraiment tort de s’inquiéter et de s’offusquer d’une gestion qui ose ne trouver absolument rien à redire à la coupe de « la partie la plus ancienne de la forêt » !!!

 

Alors qu’au contraire le bon sens le plus élémentaire, au point où nous en sommes de notre évolution humaine et sociétale, voudrait que tout soit fait pour préserver ces trésors vivants, coûte que coûte.

 

Mais combien de fois faut-il nous le redire ? Des coupes progressives (progressives peut-être, mais rases assurément !), pour renouveler la forêt.

 

C’est-à-dire pour faire artificiellement et avec une lourdeur insigne ce que la Nature fait tout naturellement, en toute simplicité et en douceur : se renouveler à son rythme, au fil des clairières qui se forment lorsque de vieux arbres s’effondrent, sans que pour autant s’effondre la biodiversité en pareils lieux.

 

Quelle découverte ! Les forêts savent se renouveler toutes seules, et cela fait des millions d’années que ça dure…

 

En vérité, la seule logique qui prévaut ici est celle d’une production de bois à laquelle l’ONF et l’Etat n’entendent  pas déroger, alors que les vrais enjeux sont ailleurs.

 

Et c’est ainsi que l’on en arrive à ce qu’il faut bien considérer comme une sorte de culte, de religion, à laquelle il  faut se donner irrépressiblement et que l’on peut qualifier de variation forestière du « jeunisme » ! Et à nous  assurer, du coup, avec un optimisme soudain débordant : « les jeunes peuplements, une explosion de vie ! ». Le bel argument massue que voilà pour clore le sujet et plier le débat. Avec une roublardise confondante et sans vergogne, cette ultime manœuvre entend nous convaincre que c’est à ce prix, en agissant ainsi, en instaurant « jeunes peuplements, semis et fourrés » - là où, il est vrai, il n’y avait que de magnifiques futaies de géants multicentenaires (excusez du peu…) – que l’on va pouvoir obtenir une débauche de vie et de biodiversité. Car c’est là que                   « prospèrent 90 % des fleurs que l’on trouve dans les forêts, de nombreux papillons, des coléoptères, des oiseaux nicheurs (qui y construisent leur nid) et de grands animaux tels que les cerfs qui apprécient ces espaces plus ouverts. »

 

Il fallait oser prétendre que c’est là et en faisant ça que l’on obtient un aussi beau résultat qui devrait faire chaud au cœur de tous les naturalistes, des ornithologues aux entomologistes en passant par les botanistes. Au point que l’on se demande bien pourquoi l’on s’embête tant avec des îlots de sénescence ou de vieillissement !

 

Soulignons tout de même au passage que l’on parle bien d’îlots : ces surfaces sont déjà si réduites qu’il serait parfaitement ridicule et inadapté d’envisager un terme évocateur d’une superficie un tant soit peu plus étendue !

 

Il nous faut donc tout de suite faire un sort à cet argument en trompe-l’œil. Quoi de plus normal que, lorsque le cycle de la forêt recommence quelque part, l’on commence par retrouver le cortège renouvelé de toutes ces espèces des premières strates, celles qui recherchent et privilégient les milieux ouverts. Des espèces qui vont bientôt, à leur  tour, se faire moins dominantes, voire s’effacer, au fur et à mesure que les fourrés vont évoluer jusqu’à la futaie âgée et sa haute canopée. Tous ces phénomènes, obéissant aux lois de l’évolution et de l’écologie, nous sont désormais largement connus. Les biotopes se succèdent en hauteur et au fil du temps, et les cortèges d’espèces   qui leur sont inféodées font de même. Et c’est bien au terme de l’évolution de la forêt que l’on va trouver les  espèces les plus spécifiques des vieux bois, les plus caractéristiques de certaines niches. Celles qu’il importe de préserver avec le plus d’égard et d’attention.

 

Il est somme toute assez misérable et déplacé de faire valoir, par exemple, que 90 % des fleurs qui poussent en  forêt se trouvent dans les zones les plus dégagées et ensoleillées, à la végétation la plus basse (s'agissant de fleurs, le contraire serait plus qu’étonnant !). Il est autrement plus signifiant de savoir que telle ou telle espèce rare de coléoptère ne sera plus lorsque son habitat de vieux bois aura été abattu et éliminé, et que les quelques arbres-relais et îlots relictuels conservés ne peuvent lui assurer qu’une survie problématique.

 

Le comble est atteint (le cocasse le disputant au cynique) lorsque, au terme de cette partie, l’ONF se met à se féliciter de la prospérité ainsi apportée par ses bons soins forestiers aux « grands animaux tels que les cerfs qui apprécient ces espaces plus ouverts » ! L’on sait en effet combien l’ONF voit d’un mauvais œil ces mêmes cerfs et autres chevreuils qu’il n’a de cesser de (faire) pourchasser, voyant en eux, avec une véritable détestation, les pires ennemis de ses semis et jeunes peuplements (quand bien même, en fait, les problèmes tiennent généralement surtout aux modalités mêmes de ces peuplements…). L’ONF établit des plans de chasse tellement élevés et intensifs que :

a) ces beaux animaux, si emblématiques d’une vraie forêt, préfèrent trouver, une grande partie du temps,  tranquillité et salut en dehors d’une forêt domaniale largement désertée ;

b) les chasseurs eux-mêmes n’arrivent pas à atteindre tous les objectifs de chasse assignés, à tirer tous les  animaux prévus (!), au point que la mise en régie de la chasse pour atteindre lesdits objectifs est désormais envisagée (en tout cas, dans un certain nombre de forêts – ce qui vaudra toujours mieux, s’agissant de cet aspect de la chasse, que de laisser perdurer une chasse à courre d’une cruauté hors d’âge et plus que massivement rejetée par les Français…) ;

c) les amoureux et usagers de la forêt sont bien en peine d’observer le moindre cerf (sauf à avoir une chance digne d’un gros gagnant à quelque jeu de hasard).

 

Malheureusement, si on laisse l’ONF à ses démons, la situation n’est pas prête de changer, sinon en pire. L’ONF considère manifestement (lire ICI son argumentaire, aussi affligeant qu’inquiétant) qu’en dehors de la chasse il n’y  a point de salut pour lui, pour sa survie et pour ses objectifs productivistes. L’ONF se donne pieds et poings liés à   la chasse (en même temps qu’il instrumentalise les chasseurs, plus souvent qu’à leur tour ?). Et l’ONF d’asséner quelques formules-chocs pour bien faire passer le message :

 

La chasse, un prérequis pour planter les forêts de demain

 

Equilibre forêt-gibier, il est urgent d’agir

 

La chasse, seule solution envisageable pour les plantations

 

Une biodiversité forestière compromise

 

Vers la chasse en régie ?

 

L’Office national des forêts (ONF) explique pourquoi la chasse, une activité parfois incomprise du grand public, est nécessaire au renouvellement de la forêt.

 

Voilà pour ces « grands animaux tels que les cerfs qui apprécient ces espaces plus ouverts », dans ces « jeunes peuplements » qui offrent « une explosion de vie ! »

 

Où l’on voit clairement où sont les vraies priorités… certainement pas du côté de l’accueil du public et de la biodiversité !

 

Allons, l’on aurait vraiment tort de se faire du souci et de déprimer puisque « peu à peu les grands arbres vont laisser leur place à une nouvelle génération ». Tout va bien, alors ! Mais il va encore falloir patienter dix ans...

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Partie 3 :

parcelle 61

Partie 3 : parcelle 61

 

L’on en revient, avec la parcelle 61, dite des Chêtelons, à la question des îlots, en l’occurrence, ici, de vieillissement  (et non de sénescence). Autrement dit, bien qu’il s’agisse de l’une des plus belles et anciennes futaies du massif, sise en son point le plus élevé, et qu’elle est particulièrement appréciée par le public puisqu’« elle abrite un sentier très prisé » (raison avancée pour en avoir fait un îlot de vieillissement), il ne faut pas croire que l’ONF va pour autant laisser ces arbres magnifiques vivre en paix jusqu’à leur trépas naturel. L’on arrêtera les compteurs à un grand maximum de 250-270 ans. Il sera alors grand temps de monnayer les futs de ces géants et d’en finir avec  cette cathédrale vivante.

 

Mais il ne sera en fait point nécessaire d’attendre aussi longtemps. Car il n’est pas question que l’ONF voie sa responsabilité engagée par des arbres dont la santé chancelante entraînerait des risques d’accident. Et donc,           « lorsque ceux-ci commencent à dépérir et que les arbres peuvent représenter un danger pour les promeneurs, ils sont enlevés ».

 

La formule est sciemment laissée relativement vague, ce qui autorise toute coupe, tout prélèvement de ces arbres pour peu que l’on soupçonne ou allègue de quelconques maux liés à leur grand âge. Quand bien même de tels arbres peuvent vivre encore fort longtemps, même vieillissants, même affaiblis par telle ou telle affliction, tel ou tel parasite.

 

Il suffit, dès lors, de juger pertinente et nécessaire une coupe dite sanitaire  pour que le prélèvement s’opère. Pour que les arbres encore sains ou tout juste atteints soient sauvés… pour l’exploitation.

 

Peu importe que les gens n’aillent pas s’aventurer en forêt lorsque vient à s’abattre un gros coup de vent ou que se déchaîne une tempête. Ni que des arrêtés soient même pris autant que de besoin en préfecture pour mettre hors d’atteinte du danger potentiel les téméraires et les inconscients. Et il serait trop simple, certainement, de laisser  sur place, au sol, les branches ou les troncs incriminés qui ainsi pourraient continuer à faire oeuvre utile dans l’écosystème forestier en assurant le gîte et le couvert d’une foultitude d’êtres vivants au fil de leur lente décomposition. Car, même affaiblis, malades ou morts, les arbres ont toute leur place et leur utilité en forêt.

 

Mais le système de la coupe sanitaire ne s’embarrasse pas de ces subtilités et elle permet de forcer le trait si on le souhaite et de faire les choses dans les grandes largeurs en prélevant, ce faisant, à bon compte des arbres dont l’heure n’était normalement pas encore arrivée.

 

C’est ainsi que, dans une parcelle qui n’est déjà pas très étendue, quelque 127 arbres ont été prélevés, dont seule une minorité était réellement malades, soit un total d’arbres abattus et enlevés sensiblement plus important que  les 86 arbres originellement prévus et, du reste, revendiqués par l’ONF qui entend préciser que « pour évacuer les grumes, certaines ont été coupées en deux, afin de pouvoir être transportées plus facilement, le nombre de grumes est donc supérieur au nombre d’arbres coupés » (ce qui, en soi, serait assez révélateur de la taille de ces arbres vénérables…).

 

Aurions-nous donc eu la berlue ? Sommes-nous allés un peu vite en besogne ? Pourtant, le décompte a été fait   avec méthode sur le terrain, peu après l’abattage. Et quid de nos images vidéo ? Ces images existent bel et bien et  chacun peut se faire son opinion en visionnant notre reportage.

 

Pour tout savoir sur cette coupe sanitaire et ce qu’il convient de penser du communiqué publié par l’ONF pour justifier son opération, l’on peut se reporter utilement à notre dossier spécial Chêtelons et notamment à nos deux vidéos (ICI).

 

De toute façon, il aurait été étonnant qu’un ONF même bien intentionné ne se laisse pas les coudées franches. Ce texte de 2019 (relatif à la forêt de Marly en Ile-de-France) ne dit pas autre chose :

 

Conformément à l'aménagement forestier, document de gestion durable de la forêt, l'ONF procèdera à des coupes nécessaires sur plusieurs parcelles de la forêt de Marly.

Différents types de coupes sont prévus :

  • les coupes de régénération : elles consistent à exploiter les arbres désignés par le forestier afin de mettre en lumière les sols et permettre aux jeunes semis de se développer

  • les coupes d'amélioration vont permettre d'éclaircir les peuplements trop denses et exploiter les arbres moins bien conformés au profit des plus beaux arbres

  • les coupes sanitaires consistent à exploiter les arbres dépérissants afin de sécuriser l'espace forestier.

Suite aux nouvelles orientations de gestion des forêts périurbaines, l'ONF va mettre fin aux coupes rases et privilégier la futaie irrégulière. Ce traitement sylvicole permet de maintenir en continu des arbres sur la parcelle.    La forêt se transforme, mais conserve toujours plusieurs strates de végétation arbustive et arborée. Cela répond à  la demande sociale de préserver les paysages forestiers.

Attention, il subsiste quelques exceptions à la fin des coupes rases :

  • lorsqu'une coupe a déjà fait l'objet d'un contrat de vente avec un engagement financier, l'exploitation est menée à son terme.

  • lorsque les peuplements souffrent d'une crise sanitaire (arbres malades), la coupe sanitaire peut mener à une coupe rase. Elle reste la seule intervention sylvicole possible.

 

L’on a bien noté que s’il est considéré qu’un peuplement est la proie d’une crise sanitaire, la coupe sanitaire peut devenir une vraie coupe rase, laquelle reste donc possible, et que la coupe sanitaire permet bien de faire d’une pierre deux coups : sécuriser ET exploiter.

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Partie 4 :

parcelle 183

Partie 4 : parcelle 183

Une quatrième partie du communiqué s’attache à montrer combien les choses se passent bien au niveau de la parcelle 183, c’est-à-dire dans le secteur de l’allée du Soulier, grâce à la mise en place d’une gestion « smart »*   (rien de moins, et en franglais dans le texte !). Pourquoi « smart » ? Parce que cette méthode est censée permettre aux jeunes chênes de prospérer « à l’abri des pins ».

 

Pour ce faire, la « régénération » doit être considérée comme « terminée ». Tel est le cas, désormais, de la parcelle 183. « Les pins, essences pionnières, en ont profité pour s’épanouir avec la nouvelle génération des chênes ». Voilà les pins promus véritables « pompes à eau », tels des peupliers, capables, grâce à leur nombre, de « limiter l’engorgement du sol ». L’idée est, « en le[s] privilégiant durant ces premières années », que ces pins qui poussent plus vite et sont moins exigeants que les chênes permettent aux jeunes plants de chênes de survivre et de  prospérer dans ces sols ingrats.

 

Et, cerise sur le gâteau, ces pins vont, au surcroît, rendre les chênes moins accessibles à l’appétit des cervidés ; ils pousseront donc d’autant mieux et d’autant plus vite, et passeront avec davantage de succès « ce cap délicat de la jeunesse dans un milieu difficile ».

 

Cette « stratégie » qui joue avec « les dynamiques naturelles » autorise une gestion économe : moins de frais d’entretien, moins de pertes. Elle se révèle tellement payante qu’elle a également été appliquée aux parcelles 120, 133, 194 : « les pins ont été enlevés, et désormais les chênes peuvent s’épanouir tranquillement. »

 

Mais la méthode tient-elle vraiment ses promesses ? Il n’est pas interdit de penser que le discours est        suffisamment enjolivé pour faire oublier un peu vite le fait que les résineux sont surtout privilégiés parce qu’ils poussent nettement plus vite que les chênes, sont particulièrement adaptés à la récolte mécanisée et à la transformation automatisée des exploitations forestières et des scieries actuelles, et qu’ils vont convenir très     bien (même sans être matures) aux besoins de plus en plus importants de la filière bois-énergie – là où a de   bonnes chances de finir l’essentiel des tas de bois que l’on peut y voir, du moins ceux qui n’ont pas été tout simplement oubliés, abandonnés. Autrement dit, si les chênes ne poussent pas de manière satisfaisante, il y aura toujours les pins – si on ne les coupe pas avant qu’ils ne prennent leur essor.

 

Bref, un mode de gestion qui se veut gagnant sur les deux tableaux, où l’on insiste sur son grand intérêt pour le chêne, essence noble, mais où l’on pense aussi, en fait, pins et rentabilité accélérée des plantations de résineux.

 

Pas sûr, finalement, qu’elle soit si smart, si intelligente que cela, cette gestion qui pourrait peut-être se révéler   plus finaude, voire roublarde, que smart. Faut-il suivre ces « mauvais esprits » qui vont vouloir considérer qu’il  s’agit surtout de pouvoir couper et sortir du résineux à brève échéance et à bon compte en disant que c’est uniquement pour dynamiser la croissance du chêne, une fois qu’il a été considéré que le pin l’a suffisamment tiré d’affaire en lui faisant passer le cap délicat du démarrage ?

 

De toute façon, pour appliquer cette méthode, il faut en passer par une régénération et donc une coupe rase…

 

*[Au demeurant, s’agit-il ici pour l’ONF d’appliquer vraiment la méthode de gestion de projet qui utilise des objectifs et     indicateurs dits SMART - Spécifiques, Mesurables, Acceptables (et Ambitieux), Réalistes, Temporellement définis ? Tel ne       semble pas être le cas...]

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Partie 5 : pour les générations futures...

 

Comme l’on pouvait s’y attendre, après avoir passé en revue les différentes parcelles pour se féliciter d’une gestion que les AFG ne trouvent pourtant guère mirobolante, l’ONF entend conclure son communiqué en soulignant combien ces choix de gestion éclairés n’ont d’autre objet que « le souci des générations futures ». Toutes ces coupes, tous ces travaux d’entretien pour améliorer et renouveler les peuplements visent à « transmettre le patrimoine forestier aux générations futures dans le meilleur état possible » (dans le meilleur des mondes…). C’est là « le seul objectif du forestier et de la gestion durable qu’il met en œuvre ».

 

Ce qui revient à considérer (!) toutes ces choses qui ne vont pas et contre lesquelles notre association s’élève comme étant en fait de la gestion durable  -

comme par exemple les coupes rases et la quasi-élimination, à terme, de tout le « gros bois », de tout ce que cette forêt compte d’un peu haut et ancien, de tout ce qui lui donne un peu de caractère, qui la rend attachante et digne d’être encore un peu considérée comme une forêt, et non comme une simple plantation servant d’usine à bois.   

 

C’est aussi « ce qui fait la fierté de son métier ». C’est sûrement pour cela que les personnels forestiers de l’ONF ne cessent de décrier toutes les mesures prises à leur encontre année après année, la façon dont on altère et on détruit leur statut et leur profession ; pour cela aussi qu’ils manifestent jusqu’à Tronçais et devant le siège parisien de l’ONF ; pour cela aussi que des syndicats ont attaqué en justice leur employeur pour mise en danger de ses employés ; et pour cela aussi que ceux-ci ont malheureusement été pas moins d’une cinquantaine à s’être suicidés en vingt ans.

 

Puisque les choses se passent donc si bien et que prévalent les meilleures intentions du monde, il ne nous reste plus, en somme, qu’à nous montrer philosophes en nous disant que si toutes ces « coupes de renouvellement modifient rapidement le paysage » (et revoilà l’argument du canton), c’est pour la bonne cause… pour les générations futures (il est vrai que, côté renouvellement, avec le réchauffement climatique, il n'y a aucun souci à se faire pour les générations futures…). Et de refaire un peu dans la compréhension et la compassion (« les forestiers comprennent et partagent l’émotion suscitée ») pour faire accepter l’inacceptable, le soi-disant inéluctable.

 

Car n’allez surtout pas perdre espoir, il faut po-si-ti-ver ! Il y a « le schéma d’accueil à venir », cette « très belle opportunité pour construire ensemble des solutions » (mais si, mais si !), « des rencontres régulières avec les différents acteurs sur le terrain ». On va « approfondir les discussions et travailler à identifier ensemble des adaptations possibles » (ou de simples inflexions à la marge ?). Vraiment ? Puisqu’on vous le dit ! Et de lancer même en conclusion, avec entrain et enthousiasme, un « à suivre donc ! ». Qu’on se le dise, la démocratie participative, la vraie, est en marche…

Et de nous donner quelques chiffres pour conclure, pour la route, lesquels méritent bien quelques bémols :

- 4480 ha sur les 4500 sont effectivement classés Natura 2000 (directive Oiseaux) : mais cela n’est pas très contraignant et ne saurait guère gêner l’ONF dans ses objectifs de (sur)production ;

- 861 ha « non adaptés au futur changement climatique » : comprendre qu’on va donc pouvoir continuer de plus belle à renouveler les peuplements et qu’on n’est pas prêt de s’arrêter de « couper-raser » !

- 65 ha « protégés au titre du patrimoine culturel et mémoriel » : dont acte, mais il y a protection et protection…

- La proportion alléguée de 58 % de feuillus et 42 % de résineux est discutable et était, il n’y a pas encore si longtemps, nettement plus favorable aux feuillus.

Pour en savoir plus sur la forêt du Gâvre et pour la défendre : https://www.amisforetgavre.com

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GRAVES MENACES SUR LE PARCOURS DE SANTE (PARCELLE 120)

 

LES LEÇONS DE L’HISTOIRE…

 

L’Histoire ne se répète pas, elle bégaie, dit-on (1). Répétition ou bégaiement, c’est de toute façon généralement parce que certains ont cru pouvoir impunément s’abstenir d’en tirer (toutes) les leçons, ou s’en affranchir…

 

Voilà qui devrait sans doute nourrir la réflexion d’un ONF qui serait bien inspiré de méditer ses mésaventures vécues dans ce massif du Gâvre il y a déjà un peu plus de vingt-cinq ans, un quart de siècle bien sonné ! Et ce, à l’heure où il est sérieusement envisagé de « transférer » (l’expression est assez curieuse…) un certain Parcours de Santé.

 

Parcours de Santé ? Il ne s’agit point ici, bien sûr, à proprement parler de politique de santé publique, du « parcours d'un patient au sein du système de santé dans sa globalité », de cette « prise en charge globale, structurée et continue des patients, au plus près de chez eux » qui est désormais recherchée par les pouvoirs publics (2). Il s’agit plus simplement de cette « promenade sportive rythmée par un ensemble d'activités, généralement dans un cadre naturel ou un parc urbain ». Qu’on l’appelle parcours de santé ou parcours sportif (3), l’on perçoit aisément tous les bienfaits que peuvent en attendre pour leur bonne forme et leur bien-être général les pratiquants occasionnels ou réguliers de cette activité de loisir désormais très… courue.

 

C’est pourquoi l’on ne peut être qu’étonné que l’ONF puisse même envisager un seul instant de déplacer un tel parcours qui, au fil des années, n’a cessé de gagner en popularité et qui constitue un lieu de promenade, notamment, dominicale, d’autant plus apprécié et fréquenté qu’il se situe juste à côté du Rond-point de l’Etoile – lieu le plus fréquenté de la forêt, là où toutes les routes forestières se rejoignent et par où passent les départementales D15 et D35 – et à deux pas des parkings spécialement aménagés en forêt, des plus pratiques pour démarrer une simple balade à pied ou s’élancer sur ledit parcours de santé.

 

Pourquoi donc vouloir casser ainsi un lieu qui a toutes les qualités, qui a fait ses preuves et qui jouit d’une excellente fréquentation, qui présente des avantages tels qu’aucun autre site de remplacement ne saurait vraiment rivaliser avec celui-ci ? Très clairement en raison de ce qui confère précisément à ce parcours de santé une grande partie de son charme et de son attrait : la magnifique futaie des grands arbres bicentenaires qui l’accueillent et l’abritent.

 

Comme pour les Chêtelons (parcelle 61) où l’on nous a avancé le prétexte de la nécessité d’une coupe sanitaire sur une parcelle en vieillissement de façon à pouvoir faire main basse sur un nombre conséquent de beaux arbres sains, monnayables à très bon prix, l’on se trouve ici en présence d’une très belle futaie ancienne où d’aucuns voudraient bien poursuivre cette même logique de surexploitation et de rentabilisation à tout prix et achever ainsi la mise en coupe réglée de l’ensemble de la parcelle 120.

 

Voilà qui serait faire bien peu de cas de l’intérêt du plus grand nombre des usagers de cette forêt domaniale, alors même que l’ONF se déploie sans compter – du moins en termes de Com’ – pour faire valoir combien il s’occupe bien de cette mission qui lui est dévolue et qui lui est si chère : l’accueil du public. Raison pour laquelle, sans doute, ce parcours de santé « bénéficie » d’un manque certain d’entretien (qui, notamment, rend les rondins utilisés glissants).

 

C’est (faire semblant d’) oublier que lorsque les gens se rendent en forêt, fusse pour faire du sport, c’est pour être dans quelque chose qui soit vraiment une forêt, ou à tout le moins qui en ait vraiment l’air, avec de grands et beaux troncs couronnés d’une belle canopée, et non un taillis minable aux arbres riquiquis, encore jeunes et bien quelconques… Et puis vient un moment où la politique des rideaux de grands arbres en trompe-l’œil en limite de parcelles… ne trompe plus grand monde.

 

En outre, il va sans dire que la biodiversité, cette autre mission à laquelle l’ONF se veut si attaché, n’y trouve pas davantage son compte. A qui va-t-on faire croire que ce sera mieux pour la faune et pour la flore lorsque tous les grands arbres (ou presque) s’en seront allés, sacrifiés sur l’autel de la surexploitation à courte vue ?

 

Sont ici à l’œuvre, peu ou prou, les mêmes logiques, mécanismes et techniques de communication exposés à propos des Chêtelons. Voici donc encore un autre loup rôdant dans les parages (voir notre dossier spécial en page Infos) qu’il nous a fallu débusquer et qui n’aura pas longtemps trompé la vigilance des AFG. Ou, si l’on préfère, voici encore levé un nouveau lièvre !

 

Dès lors, l’ONF serait bien avisé de ne pas méconnaître plus longtemps les leçons de l’Histoire, plus précisément de cette histoire qui s’est passée il y a un quart de siècle, du côté de la Magdeleine.  

 

Rappelons les faits. En 1995, le responsable de l’ONF qui a la haute main sur la gestion de la forêt du Gâvre et est manifestement acquis – au-delà de toute mesure – aux intérêts des chasseurs et singulièrement de la chasse à courre, ne trouve rien de mieux que de former le projet de créer un « étang de chasse » en contrebas des Chêtelons, dans le synclinal où coule un bucolique ruisseau et s’épanouit une belle zone humide et marécageuse (tout près de ce qui va devenir l’Arboretum), un étang qui serait bien évidemment destiné à assurer l’hallali des malheureux cerfs acculés et à bout de force.

Les habitants des alentours et en premier lieu ceux du paisible hameau de la Magdeleine, à deux pas de là, ne l’entendent pas ainsi. Ils ne savent que trop les nuisances qu’entraînent ces actions de chasse, ces cortèges ahurissants de suiveurs excités et de gros véhicules passant en trombe. L’on n’en est plus au temps où la chasse à courre avait tous les droits, et avant longtemps voilà toutes les oppositions des défenseurs de la nature coalisées pour mener une mobilisation aussi inédite que surprenante.

Ce sont notamment la LPO et la SEPNB (qui ne s’appelle point encore Bretagne Vivante) qui  apportent soutien et caution naturaliste de poids. Le très regretté et trop tôt disparu Jean-Claude Demaure, scientifique exemplaire et militant naturaliste de la première heure, ancien président de la SEPNB (1979-82) et alors adjoint à l’environnement de Nantes (de 1989 à 2001, durant les deux premiers mandats municipaux de JM Ayrault) manifeste également résolument son opposition. Et, comme en atteste une courte pépite de l’Ina tirée d’un JT de FR3 Nantes qui restitue assez bien l’ambiance de l’époque, c’est aussi là l’occasion pour un certain… François de Rugy, au nom d’Ecologie 44, de faire ses premières armes dans le champ médiatique (JT Tout Images Soir du 05/05/96 : https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/nac9605064683/loire-atlantique-marche-contre-le-projet-d-un-etang-pour-la-chasse-a).

C’est ainsi que tout le monde se retrouve à la Magdeleine, dans une ambiance certes déterminée, mais qui reste bon enfant (les enfants sont du reste bien représentés, car beaucoup de gens sont venus en famille), pour un pique-nique champêtre et surtout pour une manifestation en bonne et due forme d’un bon millier de personnes, sinon plus, qui déambulent le long de la petite route de campagne et bientôt en pleine forêt sur la route forestière, avec force banderoles et slogans, en une sorte de répétition sylvestre des futures déambulations bocagères de NDDL.

Les hôtes à poil et à plume de la forêt ne durent pas en revenir, tant la vision de cette longue cohorte en pareil lieu avait quelque chose d’improbable et d’incongru ! Il s’agissait là d’une manifestation bis, printanière (après une première manif hivernale), qui donna à La Lettre de Lulu l’occasion d’évoquer le dossier, dans un article de son n°5/6 de l’été 96 où elle déploie avec bonheur son ironie mordante coutumière (https://lalettrealulu.fr/1996/10/16/letang-a-la-sauce-grand-veneur/). Et puis le projet finit par être si bien enterré que le responsable de l’ONF en question fut « exfiltré » vers un autre haut poste, là où il fut considéré qu’il serait certainement mieux à sa place… à l’Office national de la Chasse ! Et c’est ainsi, en quelque sorte, que le fameux étang se mua en… arboretum !

 

Il n’est pas déraisonnable de penser que le présent projet de déplacement du Parcours de Santé, ourdi par l’ONF, et son objectif inavoué de coupe des arbres bicentenaires de cette cathédrale de la forêt du Gâvre seraient de nature à susciter une contestation et une mobilisation similaires à celle à laquelle l’ONF se trouva naguère confronté. Similaires, à ceci près que l’on a tout lieu de considérer qu’elles seraient encore plus rapides et plus fortes. Il y a désormais Internet, des sites et des réseaux sociaux en nombre, les smartphones, des associations et des collectifs bien informés et organisés, aux modes d’action éprouvés… et, plus encore, une réceptivité inégalée aux problèmes d’environnement, de défense de la Nature et du cadre de vie, de préservation des espèces et de la biodiversité. Le changement climatique est plus prégnant que jamais, et les choses ne sont pas prêtes de s’améliorer. Toutes choses, et d’autres encore, qu’il conviendrait que l’ONF soupèse bien, avant de s’avancer plus avant dans une voie inutilement téméraire et risquée. D’autant que :

 

a) tout le monde sait désormais combien la situation est dégradée à l’ONF, et tout ce qui ne va pas en France en matière d’exploitation des forêts, en particulier des forêts publiques ;

 

b) il n’est pas possible de faire abstraction d’une certaine lutte victorieuse, de longue haleine, qui a renvoyé dans les poubelles de l’Histoire des grands projets calamiteux un certain projet d’aéroport et que cela s’est passé à une quinzaine de kilomètres seulement de la forêt du Gâvre, et à tout juste 30 km d’une métropole qui a là son poumon vert naturel, dans une Loire-Atlantique où l’on sait combien la capacité citoyenne et militante à se mobiliser, singulièrement pour l’environnement,  n’est pas un vain mot – à preuve déjà, justement, cet étang de chasse « coulé » il y a un quart de siècle, qui devait servir les intérêts d’une chasse à courre désormais décriée comme jamais, dont les Français ne veulent pas, malmenée jusque dans cette forêt par une action militante qui ne demande qu’à se poursuivre ;

 

c) il n’est pas non plus possible de méconnaître, à tout juste 17 km de la forêt du Gâvre, les acquis et les pratiques des habitants du bocage préservé de NDDL qui, à travers l’association Abrakadabois (créée en 2018 et issue du collectif créé en 2014) soutenue par l’association des Ami.e.s de la forêt de Rohanne (créée en 2020), exploitent sans coupes rases – selon des méthodes douces de gestion en futaie irrégulière, dans le respect d’une sylviculture réellement soucieuse d’écologie et en conformité avec la charte du Réseau pour les Alternatives Forestières (RAF) auquel Abrakadabois adhère – les 47 ha de la forêt de Rohanne (ainsi que « les dizaines de parcelles boisées, et les 280 km linéaires de haies »). Si cette forêt relève du régime forestier et donc normalement d’une gestion classique ONF, c’est bien à un cadre contractuel original que toutes les parties concernées se doivent de souscrire pour que puisse perdurer cette démarche inédite et innovante de gestion au quotidien d’une forêt désormais propriété du département de Loire-Atlantique.

 

d) si l’ONF met volontiers en avant l’attention qu’il porte à ses missions en matière d’accueil du public et de préservation de la biodiversité, cela est loin de suivre sur le terrain :  cela se voit et la Com’ ne peut pas tout faire avaler ;

 

e) L’association des Amis de la Forêt du Gâvre (AFG) est une association citoyenne responsable et soucieuse de dialogue qui entend mener avec détermination son action de préservation d’une vraie forêt – et non d’une usine à bois – au bénéfice du plus grand nombre (et ce, au demeurant, dans l’intérêt même, bien compris, à long terme, des exploitants de la filière bois) – un engagement dont les élus locaux et les municipalités savent fort bien apprécier toute la pertinence, y compris en apportant, autant que de besoin et à leur manière, tout le soutien qu’il mérite ;

 

f) Le Conseil départemental pourrait bien ne plus se contenter, peu ou prou, du versement de subsides à l’ONF et décider, sur un mode sensiblement plus interventionniste, de prendre à bras le corps le dossier d’une forêt dont le mode d’exploitation, l’accès et la richesse naturelle concernent au premier chef la santé, l’épanouissement et, plus généralement, les intérêts et les préoccupations de l’ensemble des habitants dont il a la charge ; la municipalité et la métropole nantaises (animées par les majorités que l’on sait) pourraient à bon droit lui emboîter le pas (ou lui montrer la voie à prendre), là encore dans l’intérêt même de leurs habitants, citoyens et électeurs, lesquels fréquentent en grands nombres le massif ;

 

g) Il  y a tellement peu d’arbres anciens dans cette forêt qu’il n’est pas acceptable d’en voir disparaître encore et encore, ne serait-ce qu’un peu, a fortiori des arbres de cette qualité, dans une parcelle située en plein cœur de la forêt, au vu et au su de tous, à deux pas de son rond-point principal, au croisement de toutes les routes, aisément accessible de tous et de partout, à l’endroit le plus fréquenté de la forêt. 

 

Il n’est pas peu paradoxal, et est même passablement absurde, de vouloir transférer-supprimer ce parcours de santé, alors qu’il n’y a pas si longtemps encore – un mois durant, du 7 octobre au 8 novembre 2020 –  l’ONF proposait au public, avec force communication, une exposition à l’air libre intitulée « Un œil en forêt », constituée de 14 portraits d’animaux, 14 photos au format XXL – une exposition uniquement rendue possible grâce au financement du Conseil départemental. Et où se tenait donc cette exposition ? Précisément tout au long de ce fameux parcours de santé, celui-là même que l’ONF aimerait maintenant « déplacer », le doux euphémisme trouvé pour faire main basse sur des arbres d’au moins deux cents ans d’âge, au mépris du contribuable départemental, d’une biodiversité que l’on vient de célébrer et que l’on prétend défendre, d’un grand public que l’on est censé accueillir et satisfaire du mieux possible !!!

 

Sans compter que le déplacement en question ne serait qu’un marché de dupes, sur l’air bien connu de mirobolantes mesures de compensation et assimilées, lesquelles ne compensent jamais grand-chose, a fortiori s’agissant d’une « cathédrale » de la Nature. L’occasion de rappeler cette phrase à méditer du spécialiste mondial des forêts primaires, Francis Hallé : « Dix jeunes arbres ne remplacent pas un vieux : un quart de siècle au moins sera nécessaire avant que la dépollution atmosphérique ne retrouve son niveau initial. »

 

Décidément, il serait bon que les leçons d’un passé encore récent ne soient pas témérairement oubliées et bafouées. Il est encore temps.

 

 

Les quatorze étapes du parcours :

1 -   Flexion - Extension des bras

2 -  Saute-mouton

3 -   Flexion des jambes et enroulement

4 -   Saut de haies

5 -   Abdominaux

6 -   Barres parallèles

7 -   Espalier (abdominaux)

8 -   Foulées bondissantes

9 -   Flexion - Extension du tronc (manquant)

10 - Traction barre fixe

11 - Flexion du tronc (abdominaux)

12 - Etirement du tronc

13 - Etirement des jambes

14 - Mur escalade

 

 

(1) Chacun connait la formule et pourra tenter d’en démêler les origines (par ex. : https://zavietrevin.blogspot.com/p/lhistoire-ne-se-repete-pas-elle-begaie.html).

(2) Les parcours de santé « articulent les soins avec, en amont, la prévention en santé et sociale et, en aval, l’accompagnement médico-social et social, le maintien et le retour à domicile ».

(3) Ou encore dénommé « parcours vita », comme sur le site de cette commune belge (Fernelmont) qui décrit très bien, à travers le sien, ce dont il s’agit : « C'est un centre sportif dans la nature. Sa conception a été mise au point à partir de conseils prodigués par les agents forestiers et des professionnels de la culture physique. Des exercices très variés, proposés à chacune des étapes, vous font acquérir force et souplesse. Votre endurance s'accroît aussi, car du point de départ à l'arrivée, la distance parcourue représente environ 1500 m. Chacun peut y aller à l'heure qui lui convient pour s'entraîner suivant ses capacités et son rythme. Vous apprécierez ce gymnase de verdure. Même si vous n'avez plus d'activité sportive depuis longtemps, mettez-vous en tenue de sport avec de bonnes chaussures et allez vous mettre en forme, dans un cadre exceptionnel. »

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Promenade hivernale au Parcours de Santé

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SPECIAL CHÊTELONS

 

Loup y es-tu ?

 

Un loup dans la forêt du Gâvre ?!

Bigre ! L’on s’en doutait, mais quand même…

Comme le dit l’adage bien connu : « Quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup ».

Alors, on est allé voir sur place, parce qu’un flou (pas très artistique) semblait régner autour de cette affaire d’arbres à abattre, un flou qu’il fallait d’urgence tirer au clair.

Non, décidément, tout cela n’était pas très clair et pas très convaincant. Et on confirme : il y avait bien un loup, ou (pour le dire autrement) on nous a monté un (gros) bateau, histoire de bien nous… mener en bateau et de nous faire prendre des vessies pour des lanternes, car comme le dit cet autre dicton populaire :       « Qui veut tuer son chien l’accuse de la rage » !

 

 

Gestion du-ra-ble, biodiversité, accueil du public, sécurité, sécurité, sécurité…

Résultat : une coupe sanitaire de 86 arbres prévus au départ, 127 déjà abattus dont bien peu de vraiment malades, prétextes à faire main basse sur du « vieux bois » valorisable au prix fort… La face cachée du monde merveilleux de Oui-Oui…

 

Mais de quoi donc s’agit-il ?

 

Eh bien tout simplement de la nécessité – supposée, alléguée, assumée – de procéder à une coupe dite sanitaire dans une parcelle de la forêt du Gâvre, la parcelle 61 ou parcelle des Chêtelons. Il se trouve que cette parcelle n’est pas une simple parcelle parmi d’autres, mais l’une des rares, l’une de seules où les feuillus – chênes et hêtres – sont laissés vieillir, ou du moins (il ne faudrait tout de même pas exagérer) vieillir… un certain temps : au moins, en principe, jusqu’à 270 ans.

 

Voilà qui est certes un bel âge, mais pour un chêne, cela reste très « petit bras «  (ou… petite branche, si l’on préfère), car les chênes peuvent allègrement aller jusqu’à 500 ans, et même assez couramment atteindre, voire dépasser, les 1000 ans ! Quant au hêtre, il peut aller jusqu’à 300 ans, voire même, pour certains individus, concurrencer en âge les chênes.

 

Qu’est-ce qu’une coupe sanitaire ? L’on comprend bien qu’il s’agit de couper des arbres que l’on aurait souhaité conserver plus longtemps (conserver pour le bénéfice de la biodiversité ? Pour l’agrément du public fréquentant le massif ? Avant tout et surtout, en vérité, pour répondre aux objectifs fixés pour l’exploitation forestière dudit massif…) et de procéder ainsi parce qu’ils sont malades, qu’ils présentent un état de santé qui laisse à désirer (du fait de bactéries, champignons, insectes, parasites et autres empêcheurs de tourner en rond, forcément peu appréciés du forestier), ceci entraînant, à plus ou moins brève échéance, le dépérissement et la mort du sujet atteint. Il s’en suit, nécessairement, une perte en termes de bois exploitable et commercialisable.

 

Il s’en suit également un risque potentiel de chute de branches ou de troncs. L’ONF, se voulant bon gestionnaire bien sous tous rapports, s’en voudrait vraiment de faire courir des risques inconsidérés à son public varié de visiteurs, promeneurs, randonneurs, champignoneurs, chasseurs et autres usagers en tous genres.

 

C’est pourquoi l’ONF a décidé de ne pas tergiverser et d’AGIR. Et, avant tout chose, de bien faire les choses en se fendant d’un communiqué, un communiqué de presse en bonne et due forme qui peut être considéré comme un modèle du genre, et même comme un petit chef-d’oeuvre de Com à lui tout seul (https://www.onf.fr/espace-presse/+/12e0::foret-du-gavre-coupes-sanitaires-en-parcelle-61.html).

 

Car l’on est bien sûr ici dans la Com, cette communication qui s’introduit partout et s’efforce avec plus ou moins d’habileté, ici comme ailleurs, de nous faire prendre ces fameuses vessies pour des lanternes ou de nous faire avaler des couleuvres, c’est selon.

 

Il faut bien admettre que depuis quelque temps – depuis qu’il a compris que sa politique d’exploitation forestière à outrance, virant à la privatisation de moins en moins larvée et rampante et de plus en plus assumée dans la pratique, ne pouvait que tomber toujours plus sous le feu de critiques forcément de plus en plus percutantes, cohérentes, concertées, généralisées et structurées, émanant de simples citoyens comme d’associations ou d’élus, petits et grands – l’ONF a sensiblement renforcé son effort de communication, singulièrement sur Internet et dans les médias. Il faut bien admettre également que cela implique nécessairement des budgets et des moyens tout à fait conséquents. L’on peut se demander, au passage, qui copie qui, de l’ONF ou de la Fédération nationale des chasseurs, car ces organismes ont tous deux passablement le même genre de problèmes et utilisent peu ou prou les mêmes techniques de contre-feux communicants pour ripoliner leur image.

 

Pourtant, curieusement et encore trop souvent, alors que telle ou telle association a toutes les peines du monde à obtenir de l’ONF un document essentiel à sa bonne information et à la pertinence de ses actions associatives par rapport à une forêt domaniale donnée – et ce en pleine ère de l‘open data et bien qu’il s’agisse de documents à caractère public [ou qui devraient l’être] payés par le contribuable – et qu’il lui faille parfois, pour obtenir gain de cause, envisager d’aller jusqu’en Conseil d’Etat, dans le même temps l’ONF n’hésite pas à déverser une multitude de textes, de rapports, de tableaux et de chiffres, en ligne ou sur papier, un flot de données qui vise 1) à bien accréditer et asseoir (si l’on en doutait) l’idée que l’ONF est LE connaisseur et LE gestionnaire incomparable, incontournable et indépassable de la Forêt française, et 2) à impressionner et noyer le lecteur, le citoyen, le militant, l’élu, le décideur, sous la masse des données, une tactique bien connue, ne serait-ce que pour gagner du temps.

 

 

A) LA COMMUNICATION A L’ŒUVRE

 

Que nous dit donc – ou que veut nous dire – la Com déployée dans ce fameux communiqué ?

(https://www.onf.fr/espace-presse/+/12e0::foret-du-gavre-coupes-sanitaires-en-parcelle-61.html)

 

1) UNE COUPE INDISPENSABLE POUR LA SE-CU-RI-TE. Tout d’abord, que cette coupe sanitaire annoncée est absolument indispensable. En pareil cas, il n’y a pas à hésiter, le plus efficace est sans conteste de mettre en avant les enfants, le risque pour les enfants. Quel parent – sinon aussitôt taxé d’inconscient et d’irresponsable –  voudrait faire courir ou que l’on fasse courir le moindre risque à sa chère progéniture ? Comment aller à l’encontre d’un abattage pour la bonne cause, sélectif et responsable, sur des arbres malades, menaçant à tout moment d’écraser nos bambins de leurs lourdes branches ou de tout leur long ? Tout est dit dans le visuel choisi à dessein (déjà utilisé  à la fin du rapport annuel 2018) : une belle ambiance forestière où un groupe de scolaires chemine joyeusement, à la faveur de quelque sortie de terrain (l’on aurait dit naguère pour une leçon de choses…), heureux de découvrir la vraie nature et de profiter du bon air. Un autre cliché, plus rapproché, des bambins à l’arrêt autour de leur professeure des écoles est utilisé sur le site. Hors de question, donc, de mettre en danger de quelque manière que ce soit qui que ce soit, et a fortiori scolaires et enfants de tous âges.

 

Voilà qui est dit dès le titre, puis répété encore et encore :

COUPES SANITAIRES POUR SÉCURISER

des coupes sanitaires vont être réalisées dans la parcelle 61 pour sécuriser

permettront de sécuriser l’accueil du public

UNE FUTAIE PATRIMONIALE À ENTRETENIR POUR LA GARDER ACCESSIBLE

Leur grand âge diminue parfois leur vitalité et peut mettre en péril leur état sanitaire.

Pour assurer l’accueil en toute sécurité sur site

des signes de dépérissement remettant donc en question la mise en sécurité du site

Pour la sécurité de tous

Préservons notre sécurité et celle des forestiers

 

S’il y en a qui n’ont pas compris…

 

2) TRANS-PA-REN-CE. S’il s’efforce, autant que faire se peut et trop souvent encore, de (se) garder les éléments jugés les plus sensibles, délicats, voire « incriminants » (souvent concernant les cubages réellement abattus et sortis, les marchés passés, les revenus tirés des droits de chasse, etc.), ou sinon (on l’a vu), de noyer ces éléments dans la masse et le trop-plein des données, l’ONF est bien décidé à faire passer un discours de transparence – ah, le maître mot ! –, d’accessibilité, de clarté. On vous dit les choses, tout ce qu’il y a à savoir, on vous donne les noms des responsables, les fonctions, les téléphones, les mails, et n’hésitez surtout pas à les contacter et à poser vos questions. On est à votre disposition. Puisque l’on joue cartes sur table et que l’on n’a décidément rien à cacher : on vous explique le pourquoi et le comment. On vous donne même, pour localiser facilement la parcelle, un extrait de la jolie carte touristique de la forêt actuellement en usage.

 

Et l’on n’oublie surtout pas – car l’on fait vraiment tout dans les règles, de manière très responsable – de vous rappeler les règles essentielles pour votre sécurité et celles de tous. A savoir :

Respectons la signalisation des chantiers…

Préservons notre sécurité et celle des forestiers…

Ne vous garez pas devant les barrières en forêt…

 

Certes, cela va mieux en le disant et il n’est pas inutile de rappeler règles et principes. D’autant que, du même coup, cela permet à l’ONF de souligner sa position de gardien du temple, de bon gestionnaire qui veille au grain et a l’œil sur tout. L’ONF aurait même tendance à se la jouer un  peu, beaucoup « père fouettard » ces derniers temps, en rappelant plutôt vigoureusement les cueilleurs de champignons ou les observateurs du brame des cerfs à leurs devoirs (sans parler de la période du confinement, cette belle période où l’ONF put régner sans partage sur la forêt et poursuivre son œuvre loin de la plupart des regards importuns…). Tout en se gardant bien d’indiquer a) qu’il n’y a guère de champignons à piétiner ou à écrabouiller dans les parcelles de repeuplement – coupes rases et engins forestiers étant assurément davantage les ennemis du champignon que les cueilleurs du dimanche pourtant injustement incriminés à dessein, et b) que s’il convient de ne pas déranger les cerfs en rut, cela ne dérange en rien l’ONF que quasiment tous les jours de la semaine, pendant des mois et des mois et à la période la plus difficile pour les animaux – qu’il vente, pleuve, neige ou gèle –  les actions de chasse diverses et variées, à courre (!!!) et à tir, ne cessent de déstabiliser et de déranger (outre les humains) la faune de la forêt, à commencer par les cervidés dont il ne faut pas s’étonner qu’ils soient tentés d’aller voir ailleurs si l’herbe y est plus verte…

 

3) PE-DA-GO-GIE & GESTION DU-RA-BLE. Puisque ce communiqué ne se veut aucunement un oukase descendu des hautes strates administratives – le logo bien connu de notre république (avec sa devise) et celui de l’ONF figurent tout de même de manière bien visible en en-tête, histoire de bien insister sur le caractère officiel, et s’imposant à tous, de la chose –, mais un document à forte teneur pédagogique et informative entendant démontrer de manière imparable le bien-fondé de ladite coupe sanitaire, le corps du texte se donne la peine d’expliquer avec moult détails ce qu’est cette parcelle 61 où il faut absolument intervenir avant qu’il ne soit tard  (« A ENTRETENIR POUR LA GARDER ACCESSIBLE… ») :

LA PARCELLE 61, UN PEUPLEMENT ÂGÉ

UN « ÎLOT DE VIEILLISSEMENT », C’EST QUOI ?

Eh  bien, c’est un petit (oh, tout petit – il s’agit bien d’un ilot !) bout de forêt que les gestionnaires hors pair de l’ONF ont bien voulu volontairement laisser vieillir au-delà de leur âge d’exploitabilité.

Les choses sont faites dans les règles, parfaitement encadrées par le document d’Aménagement forestier qui est « la feuille de route de la gestion DURABLE des forêts publiques ».

« Ces spécificités sont naturellement inscrites à l’aménagement forestier de la forêt domaniale du Gâvre qui couvre la période 2008 - 2027. L'aménagement forestier est la feuille de route de la gestion durable des forêts publiques. Défini par le Code forestier, il donne un cap et les grandes orientations sylvicoles d'une forêt, appartenant à l'Etat ou aux collectivités territoriales, pour une durée de 20 années. Son objectif : gérer de manière durable les forêts relevant du régime forestier, pour permettre à la société de bénéficier pleinement de tous les services offerts (production de bois, bien-être, promenade, biodiversité, prévention des risques naturels).

Ce plan de gestion précise par exemple les essences à privilégier, les plantations à envisager et la régénération à obtenir. Il quantifie et planifie les récoltes de bois ainsi que les travaux à réaliser, au regard des enjeux économiques, sociétaux et environnementaux de la forêt. »

 

L’on aurait tout aussi bien pu mettre en gras le mot « économiques », car en réalité c’est, de très loin, le terme qui prime, celui auquel tout est largement subordonné, en dépit des discours, professions de foi et bonnes intentions en tous genres.

 

Par « au-delà de leur âge d’exploitabilité », il faut comprendre que « l’âge de renouvellement de cette chênaie a été porté à 270 ans », pour des chênes qui ont ici (déjà) « entre 210 et 230 ans ». Ce qu’il faut considérer comme un bien bel âge, surtout qu’il ne faut surtout pas oublier que « leur grand âge diminue parfois leur vitalité et peut mettre en péril leur état sanitaire ». Rappelons tout de même ici (voir plus haut) qu’un chêne a une durée de vie moyenne bien supérieure (500-1000 ans) !

 

4) POUR L’AMOUR DE LA FORET.  Mais attardons-nous un peu à présent sur le paragraphe d’introduction de cette partie du communiqué, car il s’agit ni plus ni moins d’une célébration de la forêt et de ses splendeurs. Eh oui, si tant est qu’on en doutât, le gestionnaire forestier a bien un cœur, une sensibilité qui lui fait apprécier, lui aussi, ces merveilles de la Nature. L’on a droit à la forêt-cathédrale, à l’arbre-roi, à « l’essence-mère de la forêt » !

 

« Au fil des chemins, il faut lever haut son menton pour apercevoir la cime des arbres. Érigés en cathédrales, les chênes et les hêtres (respectivement 49% et 5% des essences) sont rois dans cette forêt. Essence-mère de la forêt, ils sont présents depuis des millénaires et continuent de se renouveler par un ensemencement naturel. »

 

Mieux encore, voilà que, sur la fin du communiqué, Monsieur le Responsable de l’unité territoriale n’hésite pas, pour la bonne cause, à  s’épancher et à dévoiler tout l’amour qu’il porte à cette forêt et à ces vieux arbres.

 

Sans doute faut-il comprendre qu’il parle là (mais cela vaut pour les deux) de cette autre parcelle de haute futaie, celle du Pilier, en quelque sorte soeur jumelle de la première, que le paragraphe qui précède et le cliché de la pancarte juxtaposée nous invitent à « (RE)DECOUVRIR ». N’ayez crainte, vous ne serez pas déçu(e) ; on est là encore dans le vrai vieux, et un parcours de 3 km a même été prévu, sans parler de la carte touristique disponible en un clic. De quoi patienter sans peine avant de retrouver vos chers Chêtelons, sauvés du désastre et expurgés de tout risque.

 

« Dès que je suis en forêt, je me sens bien, mais c’est ici que je me sens le mieux ! Eloigné des routes, abrité par les arbres, on entend parfaitement le chant des oiseaux. Les chênes qui approchent les 200 ans sont plus grands ici et leur feuillage dense donne un éclairage tamisé ». On dit d’ailleurs que dans une forêt qui est arrivée à maturité, la lumière n’atteint presque plus le sol. »

 

Bon, il est vrai qu’aux Chêtelons, l’on était dans les 230-240 ans, tandis qu’au Pilier l’on approche seulement les 200 ans, mais qu’importe, ne mégotons pas, puisqu’on vous le propose si gentiment :

« PROFITEZ-EN POUR (RE)DÉCOUVRIR UN AUTRE ILOT DE VIEILLISSEMENT DU MASSIF… »

 

Après quoi l’ONF nous réserve l’un de ces slogans dont il a le secret :

« LA FORÊT NOUS PROTÈGE… Ensemble, protégeons-là ! ».

 

Sans commentaires. Enfin, si, quand même, il va bien falloir, surtout que l’ONF n’entend pas nous quitter sans rappeler (vraiment sans insister…) que « l’ONF est le premier gestionnaire d’espace naturel en France. En Pays de la Loire, l’établissement gère durablement près de 40 000 hectares de forêt publique. Cette mission vise à répondre aux enjeux à la fois sylvicoles, environnementaux et sociaux des massifs forestiers, en étroite collaboration avec les acteurs territoriaux. »

 

En étroite collaboration, vraiment, toujours et en tout lieu ? Au point que même des élus en viennent à se retrouver dans les associations que les habitants se voient obligés de créer un peu partout à travers la France pour sauver ce qui peut encore l’être de leurs forêts dénaturées par la surexploitation…

 

 

B) DU MONDE MERVEILLEUX DE OUI-OUI AU DUR PRINCIPE DE REALITE

 

Après la lecture édifiante et particulièrement instructive de ce communiqué de presse – qui, en accès libre, n’est évidemment pas destiné uniquement à la presse, mais vise bien à une diffusion la plus large qui soit, par l’intermédiaire ou non des journalistes mis à contribution pour diffuser la bonne parole – c’est à regret que nous devons, malgré tout, quitter le monde merveilleux de Oui-Oui et nous confronter au dur principe de réalité (aux « hard facts » !).

 

A la réalité des coupes rases ; des engins qui tassent le sol fragile et créent des ornières boueuses dignes de la raspoutitsa ; d’une exploitation qui ne maîtrise plus grand-chose, malgré (et aussi à cause de) toute l’informatique mobilisée, qui prétend s’adapter au changement climatique, mais continue d’enrésiner à tour de bras pour récolter plus vite des arbres qui poussent plus rapidement que les feuillus ; des scieries locales (censées traiter en premier les belles grumes qui sortent) qui n’ont plus grand-chose à se mettre sous la dent et ferment les unes après les autres, les Chinois payant au prix fort et gardant largement la main à l’import comme à l’export ; des employés de l’ONF, de moins en moins fonctionnaires et de plus en plus contractuels (et voilà que l’on s’en prend même à ce qui reste d’officiel sur leur uniforme), qui ne reconnaissent plus leur métier et ont pour beaucoup mal à leur forêt. Leurs arbres se retrouvent en stress climatique et hydrique, et eux en stress administratif et social, et même entrepreneurial.

 

Les personnels, justement, ont très bien compris ce qui se passe. Ils étaient venus à pied des quatre coins de la France manifester le 25 octobre 2018 à Tronçais (massif classiquement considéré comme le porte-étendard de la forêt française, dont la gestion n’a pourtant, là aussi, rien d’un fleuve tranquille…) (https://reporterre.net/Une-longue-marche-lance-le-combat-contre-l-industrialisation-de-la-foret). Et un manifeste a été rédigé : « Pour la forêt française, notre bien commun ». Mais il leur a encore fallu remettre ça le 25 novembre dernier, cette fois en manifestant carrément devant le siège de l’ONF à Paris (https://reporterre.net/L-Etat-detruit-l-Office-national-des-forets-ses-agents-se-rebellent).

 

C’est qu’eux aussi voudraient bien pouvoir continuer à utiliser ces belles expressions du métier, à parler encore longtemps « trame de vieux bois » (pour reprendre cette expression employée dans le communiqué avec une gourmandise intéressée…). N’en doutons pas, ils pensent – et nous avec eux – à tous leurs collègues qui se sont suicidés, malades des politiques de l’ONF et de l’Etat, qui se comptent par dizaines depuis une bonne vingtaine d’années et qui auraient bien voulu continuer à s’occuper avec amour et dignité de leur « trame de vieux bois »…

 

Le principe de réalité, c’est aussi prendre en compte les éléments suivants :

 

1) DES CHIFFRES A FAIRE PLEURER. Pour un massif de 4381,02 ha* (4509,91 ha géographiquement parlant, mais à considérer pour la gestion sylvicole hors hippodrome de Mespras, prairie, arboretum et îlots de sénescence), un total de 6,26 ha d’îlots de sénescence* (où on laisse en principe les arbres aller jusqu’à leur terme sans intervention –

hors gestion, mais comparaison néanmoins très pertinente aux 4381,02 ha en gestion, car superficie boisée, contrairement à hippodrome, prairie et arboretum – dans le communiqué : 10 ha) et un total de 18,47 ha d’îlots de vieillissement* (dans le communiqué : 27 ha) (mais ces arbres n’ont en fait droit qu’à une vieillesse étriquée de 270 ans maximum).

Ce qui fait donc en sénescence 0,1428 % du massif, et en vieillissement 0,4215 % du massif. Soit un total confondu de 24,73 ha à peine supérieur à un demi-pourcent du massif – 0,5644 %* précisément !

 

* chiffres repris du document officiel d’Aménagement du massif pour la période 2008-2027 (assorti de son arrêté officiel de 2010) (superficies légèrement réévaluées depuis lors, en 2017 ? Pas facile d’avoir les données…)

 

Les derniers chiffres officiels du recensement (2013-2019), connus fin 2021, s’établissent comme suit, sans oublier que, depuis lors, les nouveaux habitants n’ont cessé d’affluer à un rythme  soutenu sur la métropole et la L-A. :

 

Nantes : 318 808 hab. 

Nantes Métropole : 664 504 hab.

Loire-Atlantique : 1 429 272 hab. pour une superficie de 6880 km2, soit 688 000 ha.

Communes du massif ou limitrophes du massif : 28 794 hab. (Blain 9954 / Le Gâvre 1821 / Plessé 5266 / Conquereuil 1095 / Vay 2051 / Guéméné-Penfao 5233 / Guenrouët 3374).

 

L’on comprend aisément que si l’on rapporte les 24,73 ha de « vieux bois » (37 ha selon le communiqué, ce qui ne change absolument rien au constat) de ce massif de 4381,02 hectares exploités, aux 688 000 ha du département, aussi bien qu’aux nombres d’habitants susmentionnés (sans même ajouter le moindre visiteur extérieur au département), l’on arrive à un ratio surface/habitant absolument insignifiant et ridicule dans tous les cas de figure.

 

Même l’ensemble de la forêt ne pèse que 0,6367 % de la superficie du département, ce qui est déjà bien peu pour une population avide de nature, de grand air, de promenades et de randonnées, qui souhaite jouir d’une vraie forêt et non d’une plantation entrecoupée sur de vastes étendues par une espèce de savane où règne l’envahissante molinie bleue (et ne pas avoir à accomplir des prouesses ou compter sur une probabilité digne des jeux de hasard pour voir la queue ou les cors d’un cerf…).

 

L’on pourrait d’ailleurs s’attendre, compte tenu de la relative pauvreté de la Bretagne et plus généralement de l’Ouest de la France en bois et forêts, notamment domaniales, que l’ONF s’y montrerait moins exigeant sur le plan de l’exploitation par rapport à des régions (Est, etc.) nettement mieux dotées. Mais il n’en est rien et la forêt du Gâvre doit payer son lourd tribut. L’on célèbre la biodiversité et l’accueil du public, mais c’est bien l’exploitation de la forêt qui prime.  

 

2) UN PATRIMOINE A EXPLOITER. S’agissant de la « futaie patrimoniale » des Chêtelons (une mirifique superficie d’« environ 8 hectares à elle seule »), le constat soigneusement opéré par nos soins fin décembre 2021 (27/12) porte le décompte à (déjà !) 127 arbres abattus pour une opération débutée le 24 novembre pour une durée de deux mois, là où le communiqué donne un chiffre prévu d’« environ 86 tiges ». Le mot « environ » prend ici plus que tout son sens…

 

Gageons que le fait que (à la date du constat) 65 troncs gisaient le long du chemin jouxtant l’arboretum et 62 du côté de l’allée de la Roberdais ne s’explique pas uniquement par les nécessités du chantier, mais aussi, un peu, beaucoup, par la volonté d’atténuer visuellement, autant que faire se peut, l’ampleur réelle de ladite coupe sanitaire et l’effet de masse qui s’en suit.

 

Ces coupes visent à « sécuriser notamment le sentier des Chêtelons », mais c’est la dernière partie de la phrase qui vend la mèche : « et exploiter les arbres dépérissants ». Mais encore, l’on nous dit que ces arbres montrent « des signes de dépérissement ». Autant de précautions oratoires pour le cas où le recensement effectué se révèlerait imparfait et erroné (bien sûr dans le sens d’un nombre supérieur d’arbres devant être abattus) ou que (fort opportunément) les troncs coupés ne révèleraient finalement pas un état sanitaire aussi alarmant qu’envisagé, puisque tout cela n’est basé que sur « des signes ». Finalement, le terme est bien le bon : « Ces 86 tiges vont donc être exploitées à partir du 24 novembre ».

 

Voilà ainsi beaucoup de bois sain qui va pouvoir (in extremis, la maladie gagnant irrésistiblement…) être transformé en bonnes espèces sonnantes et trébuchantes, dans une parcelle où, sinon, ces bons arbres, seraient demeurés, pour assez longtemps encore, tristement hors d’atteinte. N’en doutons pas une seconde, c’est bien là que réside l’intérêt principal de toute l’opération !

 

Et il convient d’autant moins d’en douter qu’il est bien connu qu’en période de tempête ou de grand vent, les habitants des communes environnantes et d’ailleurs n’ont qu’une idée en tête, se précipiter en forêt, histoire d’augmenter leurs chances de se prendre une bonne branche, et que les enseignants en profitent pour montrer à leurs élèves la forêt dans tous ses états, surtout qu’il n’y a jamais aucun arrêté de pris pour interdire l’accès à la forêt par gros temps !

 

Que la météo soit extrême ou pas, la forêt très humide ou très sèche, les risques de chute sont des plus limités et, de toute façon, aucunement circonscrit à ce site et à ce sentier (vieux bois ou pas).

 

3) UNE BIODIVERSITE SOUMISE A LA QUADRATURE DU CERCLE.  Ainsi, si l’on prend au pied de la lettre le discours déroulé au fil du communiqué, nous voilà à rêver de « lever haut le menton pour apercevoir la cime des arbres », « érigés en cathédrales » et « rois de cette forêt ». Et, avec Monsieur le Responsable, à rêver d’entendre « parfaitement le chant des oiseaux » en ce lieu où les arbres « sont plus grands », et où « leur feuillage dense donne un éclairage tamisé ». A rêver d’explorer cette forêt arrivée à maturité où « la lumière n’atteint presque plus le sol ».

 

Mais il y a plus. Pour tenter de communiquer cet enthousiasme émerveillé au plus grand nombre et de séduire le visiteur, l’ONF n’a pas hésité à créer une appli ad hoc pour smartphone, tout simplement intitulée « En forêt du Gâvre », et qui justement « vous permet d’explorer le sentier des Chêtelons sur un peu plus de 2 km » – une appli qui demeure accessible en dépit des coupes opérées (http://www1.onf.fr/activites_nature/++oid++5ee6/@@display_leisure.html). Il faut dire qu’ont été mobilisés pour cette promotion en ligne Anna et Gabriel, deux forestiers d’un nouveau genre, puisque virtuels et au look pour le moins…  déconcertant (http://www1.onf.fr/outils/loisirs/20171204-150804-563723/++files++/1).

 

Mais voilà que ce fichu principe de réalité nous fait derechef chuter de la magnifique canopée de cette « futaie patrimoniale », car l’on se prend à penser qu’elle ne va pas rester bien longtemps cette cathédrale de la forêt du  Gâvre que l’on nous vante et nous vend. Tronçais a sa célèbre futaie Colbert (désormais déclinée en Colbert 1 et Colbert 2, et qui, elle aussi, a été tourmentée…), le Gâvre a les Chêtelons. Oui, comment croire qu’en abattant la bagatelle de 127 arbres d’un coup, elle va le rester bien longtemps, a fortiori si l’on remet ça dans quelque temps (dans six ans par exemple…) en arguant du même prétexte ou d’un autre.

 

L’on a surtout du mal à comprendre et à croire que a) cela va vraiment aider à mieux accueillir un public qu’en réalité l’on tend plutôt, de plus en plus ouvertement, à décourager de venir et de parcourir le massif à sa guise, hormis quelques secteurs très circonscrits, tels que, évidemment, le rond-point de l’Etoile et certaines aires de stationnement, b) que cela est compatible avec une biodiversité que l’on défend et promeut à tout bout de champ.

 

Aux prises avec une impossible quadrature du cercle qui lui fait pondre des slogans tels que – il fallait oser ! – « Produire plus de bois, tout en préservant mieux la biodiversité » (dans un document de 2012 intitulé « La gestion durable des domaniales ») ou ici « LA FORÊT NOUS PROTÈGE… Ensemble, protégeons-là ! », l’ONF voudrait faire accroire qu’en éliminant 127 arbres, la faune et la flore forestières s’en trouveront plus riches et plus épanouies, qu’il y aura plus de pics (noir, mar, cendré…), de rapaces, de chauves-souris, etc.  Tout le monde sait que plus on laissera les arbres vieillir et péricliter à leur rythme, les fûts et le bois morts au sol, et plus l’on trouvera de biomasse et de biodiversité diversifiée et préservée.   

 

4) DU PRINCIPE DE NATURALITE APPLIQUE A LA GESTION FORESTIERE. A ce stade, le mieux est encore de nous tourner vers cette très officielle et scientifique « Etude télémétrique sur le Murin de Bechstein (Myotis bechsteinii) en Forêt Domaniale du Gâvre (44) en juillet 2012 » (https://gmb.bzh/wpcontent/uploads/2019/08/2015_Bilan_radiopistage2012_Gavre_GMB.pdf), réalisée par le très aguerri et respectable Groupement mammologique breton, une association régulièrement sollicitée par les administrations – tout particulièrement justement par l’ONF pour le suivi des remarquables populations de chauves-souris en forêt du Gâvre, notamment sous les ponts et dans les « quais de munitions », curieux vestiges de la  Deuxième Guerre Mondiale. En l’occurrence, cette étude a été menée pour le compte de la DREAL (Direction Régionale de l'Environnement, de l'Aménagement et du Logement) des Pays de la Loire (avec le concours de l’ONF qui entend être très investie dans la préservation des chauves-souris, lesquelles sont, il est vrai, très discrètes et surtout point herbivores, à l’inverse de ces cervidés censément toujours prêts à vous saccager les jeunes peuplements…).

 

Nous nous contenterons de citer in extenso la partie relative aux perspectives de conservation (en fin d’étude, pp. 27-28 du PDF) :

 

« Perspectives de conservation

L’ensemble des arbres-gîtes identifiés a été marqué pour conservation avec les agents de l’ONF. Ces arbres seront maintenus sur pied le plus longtemps possible et jusqu'à l’abattage des derniers semenciers promis à la vente. Cette étude est une première étape dans la prise en compte du Murin de Bechstein dans la gestion forestière du massif du Gâvre.

Au-delà de la protection des arbres-gîtes identifiés lors de cette étude, de nombreuses préconisations peuvent être envisagées, issues d’un document rédigé par Tillon (2008), de l’Office National des Forêts, ainsi que de Dubos et al. (2014) :

 

• Mise en place du principe de naturalité dans la gestion sylvicole sur des surfaces les plus importantes possible, notamment par :

- l’augmentation du temps de révolution, c’est à dire de l’âge de coupe des parcelles ;

- l’augmentation des parcelles en feuillus, favoriser des îlots de naturalité et maintenir le bois mort au sol (à raison de 25m³/ha) ;

- le maintien des arbres fendus et arbres à trous de pics (à raison de 7 à 10 arbres gîtes potentiels/ha) ;

- définir des zones avec des surfaces de 3ha minimum d’un seul tenant sur lesquelles les arbres dépérissants ou morts (à désigner) seraient maintenus ; 

- la gestion de la forêt en favorisant une structuration verticale complexe des peuplements ;

- Favoriser la régénération naturelle, limitant le travail du sol ;

- Maintien d’une strate arbustive et intermédiaire pour 15 à 30% de la surface des peuplements en feuillus.

 

• Gérer la forêt par petites parcelles. En effet, la stratégie d'utilisation de l'espace (fidélité extrême et transmission mère-fille des terrains de chasse) de M. bechsteinii le rend particulièrement vulnérable aux modifications brutales de son environnement, comme les coupes à blanc sur des surfaces importantes. Le remplacement du territoire alimentaire ne doit pas être une chose facile pour une telle espèce. L'exploitation forestière intensive sur de larges surfaces est donc à éviter (Kerth, Wagner & König, 2001).

• Maintenir quelques arbres à cavités entre les îlots pour favoriser les connexions ;

• Interdire l’usage des pesticides en forêt (Glyphosate sur molinie notamment). Dans le massif du Gâvre, aucun pesticide n’a été utilisé depuis au moins 4 années (com. pers. M. Ricordel) ;

• Protéger les gîtes de regroupement automnaux (à l’heure actuelle, aucun site n’a été mis en évidence sur le Massif) ;

• Gérer la forêt à proximité de l’entrée des cavités d’hibernation pour favoriser l’installation de feuillus ;

• Maintenir des corridors boisés structurés entre les zones de gîtes connus (fragmentation intra-forestière rédhibitoire pour le succès reproducteur de l’espèce) ;

• Protéger intégralement tous les arbres à cavités sur un rayon de 1,5km autour de ces zones connues de gîtes, de sites de regroupements automnaux et d’hibernation ; »

 

L’on voit combien cette coupe sanitaire des Chêtelons, et plus généralement la gestion de la forêt en futaie régulière et avec un nombre très symbolique d’îlots-alibis de « vieux bois » est un non-sens écologique, parfaitement contre-productif en termes de biodiversité, allant à l’encontre de ce qui est préconisé par les meilleures sources.

 

Pour le cas où d’aucuns garderaient encore quelques traces de scepticisme à l’égard de ce triste constat, l’on ajoutera utilement les quelques passages suivants puisés dans la très officielle « Évaluation stratégique environnementale (ESE) du Programme Régional de la Forêt et du Bois (PRFB) de la région Pays de la Loire » (https://www.paysdelaloire.fr/sites/default/files/2020-07/ese_prfb_pays-de-la-loire_170720.pdf), une étude (de 310 pages tout de même) datée de février 2020 et réalisée par l’important bureau d’études Oréade-Brèche pour le compte de la Direction régionale de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt des Pays de la Loire (dépendant du Ministère de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt).

 

Que nous est-il dit dans cette étude de directement pertinent pour la forêt du Gâvre, s’agissant spécifiquement des « Enjeux et/ou objectifs de conservation formulés dans le DocOb [Document d’Objectifs] (principaux enjeux forestiers) » ?

 

« Préserver les oiseaux :
- Adapter les périodes d’intervention
- Augmenter l’âge d’exploitabilité des peuplements forestiers

 

Préserver les habitats d’espèces :
- Préserver les bois vieillissants (maintien vieux bois, bois mort, présence de cavités)
- Préserver les peuplements pluri-stratifiés

 

Maintenir ou améliorer l’offre en habitat d’espèce :
- Augmenter la surface de vieux peuplements
- Diversifier les essences dans les peuplements »

 

Mentionnons également les espèces d’oiseaux les plus concernées par la ZPS (zone de protection spéciale), tel qu’indiqué dans ce même document pour la forêt du Gâvre au « Tableau 53. Principales ZPS à forts enjeux « espèces » » (source : INPN, DocOb des sites Natura 2000) :

Engoulevent d’Europe, Cigogne noire, Busard Saint-Martin, Pic mar, Pic noir, Alouette lulu,
Milan noir, Bondrée apivore, Pic cendré, Bécasse des bois, Fauvette pitchou.

 

Ajoutons même, pour les lecteurs disposés à se confronter quelques instants au « langage » de la gestion forestière, le point 5.3.1 Choix en réponse aux attentes du PNFB (p. 206) :


« Bien qu’il s’agisse d’une demande explicite du PNFB de localiser les massifs où auront lieu les
prélèvements supplémentaires, le PRFB affirme qu’une « analyse par massifs sera cependant très
difficile [pour la Région Pays de la Loire], puisqu’il n’existe pas de massifs en tant que tels distinguables à
l’échelle de la région du fait :
- du faible taux de boisement régional,
- de la dispersion des surfaces forestières, même si elles ne sont pas réparties de manière homogène
entre département ou sylvo-éco-régions,
- d’un taux de boisement qui reste faible pour la sylvo-éco-région la plus boisée : 21% pour le
Baugeois-Maine (source IGN),
- d’une absence de continuité forestière dans les secteurs les plus boisés, la forêt y étant toujours
imbriquée avec des zones agricoles (la précédente sylvo-éco-région en est un bon exemple)
- que les plus grandes forêts (le Gâvre, Mervent, Bercé, etc.) sont souvent isolées et d’extension
limitée : elles ne pèsent pas de manière significative sur la mobilisation régionale, même si elles
peuvent présenter des produits de qualité supérieure à la moyenne régionale.

Il n’est de ce fait pas possible d’identifier actuellement de manière pertinente ou précise des massifs de
production distincts. Pour autant, les résultats de l’étude ressources [qui sera menée dans le cadre de
l’action 1.1.E,], en identifiant les types de peuplements qui contribueront le plus à cette mobilisation
supplémentaire et en les croisant avec leur localisation préférentielle ou majoritaire, seront analysés en
vue de définir ou affiner la répartition géographique de cette mobilisation supplémentaire ».
Ainsi, aucun découpage par massif ou autre approche territoriale n’a été prévu à ce stade. Il est important
de noter que cette échelle de travail ne permet pas de définir les actions ni d’identifier leurs incidences
potentielles à un niveau plus fin notamment à l’échelle du massif ou de la forêt. C’est pourquoi un certain
nombre d’objectifs assignés par le PNFB n’ont pas été définis directement dans le PRFB, et seront traités
dans le cadre de la mise en œuvre des actions du PRFB. Cela concerne en particulier :
- la localisation des massifs et des forêts où auront lieu les prélèvements supplémentaires, et
le niveau exact de la hausse de récolte attendue : si le PRFB affirme que l’objectif de 240 000
m3 supplémentaires assigné par le PNFB parait largement atteignable, un travail préalable reste à
conduire pour pouvoir préciser le chiffre objectif. Le PRFB précise que ce chiffre doit découler de
manière claire des nécessités liées à une gestion sylvicole durable par l’identification des
peuplements nécessitant d’être renouvelés, voire transformés (adaptation aux stations et/ou au
changement climatique), de ceux nécessitant d’être décapitalisés (en schéma régulier comme
irrégulier), ... Cette approche doit permettre de répondre aux exigences minimales du PNFB
(localisation des prélèvements en BO, BI et BE ; quantité ; types peuplement ; besoins des
industriels ; etc.). Le volume objectif, qui reste donc à fixer, résultera de cette analyse en lien avec
les actions liées à la dynamisation de la sylviculture (1.1.A ; 1.1.B et 1.1.C), et à l’identification des
peuplements nécessitant un renouvellement (1.1.D et 1.2.B), mais aussi aux besoins inhérents à la
préservation des habitats naturels (réseau Natura 2000 notamment) et des continuités
écologiques (îlots de vieillissement et de sénescence). Il s’agira donc de mener une véritable « étude
ressources » (action 1.1.E), liée à une gestion sylvicole multifonctionnelle prenant en compte les
enjeux environnementaux. Cette action est une priorité et devra être réalisée le plus tôt possible.
»

 

 

Pour conclure

 

A écouter l’ONF, il faudrait donc admettre comme pertinent et d’une logique imparable son raisonnement selon  lequel le fait d’abattre dans une parcelle sénescente d’une forêt domaniale au moins 127 arbres ne peut que  favoriser la biodiversité forestière et satisfaire l’envie et le besoin du grand public de se promener dans une forêt digne de ce nom. Et qu’en conséquence ce serait faire montre d’un bien mauvais esprit que de vouloir considérer  tout cet exercice de communication (pardon, ce communiqué de presse annonçant une coupe sanitaire décidée en responsabilité et parfaitement justifiée) comme relevant d’une certaine hypocrisie, pour ne pas dire d’une hypocrisie certaine, et d’arguer que cela revient à prétendre pouvoir faire, en quelque sorte, tout et son contraire…

 

Et peu importe, alors, que ce fameux « vieux bois » soit, à bien des égards, tout aussi intéressant pour la biodiversité en position couchée qu’en position debout ! Et que, même malades ou morts, ces arbres, qu’ils soient encore fièrement dressés ou étendus au sol, participent et contribuent à la vie de la forêt. Quand bien même ils se retrouveraient amputés de grosses branches ou d’une portion de tronc, ils peuvent souvent demeurer vivants longtemps encore. D’autant que l’évidence est que, en l’occurrence, une petite minorité seulement des arbres abattus peuvent être considérés comme réellement « malades ». Et que, de toute façon, lorsqu’il s’agit d’arbres anciens, a fortiori remarquables (certains pouvant même d’ailleurs être classés, comme à Tronçais), auxquels l’on tient vraiment, l’on doit se donner les moyens de prolonger leur existence, plutôt que de les couper sans autre forme de procès.

 

Ce qui est certain, c’est que les personnels de l’ONF – aussi désenchantés que peuvent l’être par ailleurs bien des ingénieurs écologues et autres spécialistes de l’environnement travaillant dans des bureaux d’études chargés des études d’impact environnemental obligatoires en cas de projets d’aménagement – études souvent menées dans des conditions « non optimales » et débouchant sur des conclusions un tantinet biaisées pour satisfaire aux desseins des administrations et grandes entreprises clientes –, les personnels, donc, ne se laissent pas/plus avoir par ce monde merveilleux de Oui-Oui que l’ONF tend à dépeindre invariablement dans ses bilans patrimoniaux des forêts domaniales et, plus encore, dans ses rapports annuels. A l’ONF, forestiers de terrain ou spécialistes de la faune et de la flore ne s’en laissent plus compter et savent à quoi s’en tenir.

 

L’on ne serait mieux dire, hélas, que cet employé de l’ONF cité dans l’article du journal Le Monde publié le 01/12/21, à l’occasion de la manifestation du 25/11/22 (fichier AFG : https://2f9add3f-ac5c-4220-8b49-e5e19dcc674b.filesusr.com/ugd/90758d_f17af5dbf833456eb11bd9136129e5de.pdf) :

 

«… Contraint de réaliser ces coupes comme d’assurer les expérimentations sur les nouvelles
espèces, le forestier remet en cause les solutions apportées par l’ONF. Selon lui, ces coupes
rases sont une « catastrophe écologique ». « On détruit la vie biologique du sol, car on enlève tout le couvert végétal qui le protège, l’exposant à la lumière, aux froids intenses comme aux fortes chaleurs, ce qui pose un grave problème pour la santé de la forêt à venir. »
La politique de l’ONF pour préserver la forêt et assurer sa régénération en prenant en compte les nouveaux impératifs climatiques et les menaces sanitaires ne serait pas à la hauteur de l’enjeu, estiment ainsi les syndicats de personnels.
Casse-tête sur le terrain
La multifonctionnalité de la forêt, mise en avant par les autorités, devient un casse-tête sur le terrain. « Il faut assurer la protection des écosystèmes, conseiller les communes, permettre l’accessibilité des forêts et l’accueil du public, faire la police de l’environnement, surveiller les coupes... Mais, dans les faits, tout est mis sur la production de bois au détriment des autres missions », proteste le forestier. »

 

Pour un ONF qui vante à tout bout de champ (de forêt !) sa « gestion durable », tout cela est pour le moins calamiteux.

 

Concluons par ces quelques passages d’un ouvrage de Jacky Boutonnet, Tronçais, la forêt aux abois (publié aux Editions du Chemin de Ronde, 160 p., illustré des belles photos de forêt de l’auteur), qui apparaissent fort à propos.

 

« … Ecarter les massifs domaniaux de l’actuelle frénésie productive, motivée par une logique économique plus que discutable, satisferait l’ensemble de la collectivité. Ces 11 % de la surface boisée nationale doivent être un exemple de sagesse où les conditions financières n’ont plus lieu d’imposer leurs diktats. Cet objectif prioritaire ne relève point de l’utopie, puisqu’outre-Rhin nos voisins allemands y sont parvenus. »

 

« Les considérations comptables, financières et productives des forêts d’Etat doivent désormais céder le pas sur les aspects écologiques, scientifiques, récréatifs, en un mot, sociologiques. Cela n’interdit pas l’exploitation des forêts, mais relègue cet aspect au second plan. Et en définitive, on s’apercevra un jour que l’économie forestière ne s’en porte pas plus mal… »

 

« Excepté les phantasmes de la caste dirigeante, convaincue des bienfaits de son idéologie économique, la principale raison qui contraint l’Office National des Forêts à surexploiter notre patrimoine collectif est d’ordre financier. Condamné à s’autofinancer, le reste de ce qui fut un service public n’a plus le choix. Au train où vont les choses, les menaces de privatisation se rapprochent. Mais ce serait là une très grave décision lourde de conséquences… La notion de compétition appliquée aux forêts est pourtant un non-sens. Et seul l’Etat possède les moyens de garantir une trésorerie stable à un pareil service. L’Office National des Forêts, héritier de l’ancienne administration des Eaux et Forêts, doit rester un service public. Si le financement d’une véritable gestion patrimoniale pose problème, les gouvernements doivent en assurer le surcoût. »

 

Ces lignes datent de 1995…    

 

 

 

                         

 

 

 

                                                      

             

                          

                                                                                                                                                       

Dernières nouvelles ! Un autre loup a été repéré en forêt du Gâvre, rôdant autour du Parcours de Santé…

Oui-Oui.jpg

      Oui-Oui

Les images brutes de notre constat sur le terrain

Côté Arboretum

Côté Roberdais

Texte Dossier Chêtelons

 
 

Manifestation du jeudi 25 novembre 2021 à Paris

contre la privatisation de l'ONF

 

 

Lire l'article de REPORTERRE rendant compte de cette importante manifestation des personnels en souffrance de l'ONF face à la dramatique situation qui leur est faite et qui est faite aux forêts françaises.

https://reporterre.net/L-Etat-detruit-l-ONF-les-forestiers-se-rebellent

 

Sur le front

Des forêts françaises

 

https://www.france.tv/france-5/sur-le-front/2321841-des-forets-francaises.html

 

Vous pouvez voir et revoir sans modération sur le site replay de France Télévision le documentaire de 53 mn diffusé sur France 5 le 21 novembre 2021 dans la série Sur le Front, présentée par Hugo Clément.

(création d’un compte gratuit requis pour revoir les programmes sur les sites de France Télévision)

Ce programme sera disponible jusqu’au 17 janvier 2022.

 

« Si la superficie de la forêt française ne cesse d'augmenter, cette réalité est trompeuse : la forêt s'étend surtout grâce à des plantations. Il ne s'agit plus de forêts naturelles, mais de champs d'arbres où il n'existe plus de biodiversité et qui absorbent beaucoup moins de CO2. En outre, ces plantations résistent mal au changement climatique ».

 

Pays de Redon

 

Une réunion pour lancer un groupe local du Réseau pour les Alternatives Forestières (RAF) aura lieu le 9 décembre 2021 à 19 h 30 avec Connexion paysanne à L’Ecrouvis, 48ter, avenue Jean-Burel à Saint-Nicolas-de-Redon.

 

Le RAF, qu’est-ce que c’est ? Pour reprendre ses mots de présentation :

 

Paysans pluriactifs, citoyens se questionnant sur les forêts de leur territoire, scieurs amoureux de la diversité des bois, éco-constructeurs, débardeurs à cheval, bûcherons cherchant à valoriser le patrimoine forestier, collectifs qui achètent des forêts...

 

Tous ces acteurs trouvent dans le Réseau pour les Alternatives Forestières un lieu de coopération, de débat et de construction pour penser la forêt autrement qu’un hypermarché du bois devant s’adapter à une filière industrielle.

 

D’autres pistes sont possibles pour se réapproprier la connaissance et accompagner une forêt vivante et habitée.

 

https://www.alternativesforestieres.org/

logo afg (1).png

Rendez-vous avec l’AFG et La Maison de la Forêt à 10 h ce dimanche 28 novembre 2021 dans la Forêt du Gâvre, au Rond-point de l’Etoile (début de l’allée du Coudray, près du kiosque) pour un moment tout à la fois utile et convivial où, de 10 h à 12 h, vous pourrez collecter les déchets (rond-point de l'Etoile et aires de stationnement/aires de débardage situées le long des routes départementales), et ainsi aider à nettoyer la forêt actuellement aux couleurs de l’automne et participer à la "Semaine Européenne de la réduction des déchets". Des fournitures devraient être disponibles, mieux vaut néanmoins apporter gants, sacs poubelle, pinces de ramassage et… imperméable !

 
En-tête Canopée.jpg

 

Manifestation
contre la privatisation de l'ONF
ce jeudi 25 novembre à Paris

Vous êtes 133 029 à avoir signé notre pétition pour mettre fin à la privatisation rampante et au démantèlement de l'ONF. Et pour cela, un immense MERCI !

 

La pression monte...

 

Grâce à vous, la pression monte.

Le gouvernement aimerait faire porter le coût de l'ONF aux communes forestières, et continuer à supprimer peu à peu les postes. C'est ce qui a été défini dans le contrat Etat-ONF signé cet été.

Mais c'était sans compter sur la contestation : hier, les communes forestières ont gagné un premier combat. L'augmentation de leur contribution a été annulée...

Par contre, nous n'avons pas encore réussi à empêcher la suppression de 500 postes à l'ONF d'ici 2025 !

 

500 nouvelles suppressions de postes et une histoire de vestes

 

Aujourd'hui, l'ONF est donc toujours en danger. En plus des nouvelles suppressions de postes, l'uniforme des gardes forestiers va être remplacé par une simple veste orange. Un détail ? Pas du tout : l'uniforme des gardes forestiers comporte la bande symbolique de l'autorité publique. La supprimer pour la remplacer par la même veste que celle des entreprises lucratives, c'est un pas de plus vers la privatisation.

 

Pousser encore pour gagner enfin !

 

Il faut donc encore faire monter le rapport de force. C'est pourquoi les syndicats de l'Office National des Forêts organisent une grande manifestation devant le siège social de l'Office National des Forêts ce jeudi 25 novembre dès 10 heures.

 

Rendez-vous jeudi !

 

Rendez-vous ce jeudi 25 à 9 heures devant le siège social de l'ONF, au 2, avenue de Saint Mandé à Paris (12e) ! Nous marcherons ensemble à partir de 11 heures vers le Ministère des Finances (Bercy).

 

On vous tient évidemment au courant de l'évolution de ce dossier et on continue à lutter pour des forêts vivantes !

https://www.canopee-asso.org/