Les Amis de la Forêt du Gâvre

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Les Amis de la Forêt du Gâvre

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Les Chêtelons ont été jugés suffisamment remarquables pour mériter de figurer, illustrations à l’appui, en pages 88-91 de l’excellent ouvrage Arbres remarquables de Loire-Atlantique, où l’on peut notamment lire les quelques lignes ci-dessous.

Une raison de plus de s’élever contre toute action de l’ONF de nature à malmener ou assombrir la pérennité de cette parcelle, comme à l’occasion de cette « coupe sanitaire » qui visait essentiellement à permettre de sortir opportunément des grumes ciblées pour leur grande valeur commerciale (voir notre dossier).

 

Le Gâvre –  la vieille futaie de la forêt domaniale

 

(…) A l’est de la forêt, près de l’arboretum de la Magdeleine, créé en 1996 sur plus de 7 ha, abritant une collection d’arbres des climats tempérés, Paul guide ses deux compères dans sa cathédrale végétale, vieille futaie préservée qui procure en toutes saisons un moment de sérénité à tous les amoureux des arbres.

Dans cette vieille futaie régulière, de chênes sessiles, Quercus petraea, de chênes pédonculés, Quercus robur, et de hêtres, Fagus sylvatica, issus d’une régénération naturelle, les plus grands des arbres issus d’un semis des années 1800 culminent à près de 45 m d’après L’ONF. La sylviculture en futaie favorise à la fois une croissance lente et une pousse en hauteur plus grande des arbres.

(…)

Les vieux chênes en mélange avec quelques hêtres forment l‘étage dominant, la canopée. Les longs futs élancés des arbres au houppier étroit évoquent les piliers d’une cathédrale.

(…)

D’une superficie de 4 460 ha, la forêt actuelle est un des lambeaux de l’immense forêt qui couvrait une grande partie de la Bretagne intérieure. Ce massif forestier est la seule forêt domaniale du département et représente un enjeu environnemental et socio-économique fort pour le territoire.

(…)

 

Arbres remarquables de Loire-Atlantique/Paul Corbineau, André Guéry, Benoît Lesne/Edition Locus Solus/2020/144 pages

 

Prix de Loire-Atlantique 2021 de l’Académie littéraire de Bretagne et des Pays de la Loire

 

Ouvrage broché avec rabats 20 x 26 cm, 144 pages couleur, 150 dessins à l’aquarelle originaux, ISBN 978-2-36833-302-0, Parution le 11 septembre 2020

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Une pépite de 1824 à découvrir !

Un livre ancien entièrement consacré à la forêt du Gâvre !

Une description détaillée de la forêt telle qu’elle était à l’époque de la Restauration, sous Charles X.

 

L’on doit ce témoignage précieux (quoique modeste, 66 pages) à Edouard Richer (1792 Noirmoutier-en-l’Île - 1834 Nantes) qui trouva l’inspiration de la plupart de ses ouvrages, avant de décéder prématurément de la tuberculose à 41 ans, dans ses voyages et dans la Nature. Ses livres empruntent largement au mode descriptif – au point qu‘il intitula l’un d’eux Du genre descriptif. C’est ainsi que nous avons Voyage à… Clisson, Paimboeuf, l’abbaye de la Trappe de Melleray, Promenade sur la rivière d’Erdre, Promenade à Orvault, sur les rives du Cens, et même Le Buron et le Château de Blain. Ceci n’est pas sans lien avec le fait que ses fonctions de naturaliste attaché au Cabinet d’histoire naturelle de Nantes (l’ancêtre du Museum) l’amenèrent à parcourir la Loire-Atlantique. Et il était, en outre, membre de la Société académique de Nantes et de Loire-Atlantique (fondée en 1798 et dénommée en 1824 Société académique du département de la Loire-Inférieure).

(https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89douard_Richer)

 

L’ouvrage, naturellement tombé dans le domaine public, est intégralement téléchargeable gratuitement en PDF sur le site Gallica de la Bibliothèque nationale de France qui a procédé à sa numérisation :

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k65722064#

 

Cette numérisation a également donné lieu en 2016 à la réédition de l’ouvrage en fac-similé dans le cadre d’une collection d‘incunables fruit d’une collaboration entre la BNF et Hachette Livre – Hachette BnF, « Le patrimoine à portée de main ».

Les Éditions du Net (LEN) ont également un partenariat avec la BNF « qui permet aux lecteurs de demander l'impression d'ouvrages disponibles sur le catalogue numérique de la BNF (fond Gallica). Les livres sont disponibles soit en version numérique, soit sur support papier » (impression à la demande, par ex : La forêt du Gâvre, broché 2018).

 

Texte à utiliser dans le respect des conditions de réutilisation non commerciale (rappelées en début de PDF).

Source gallica.bnf.fr/Bibliothèque nationale de France

L’on sait qu’à l’époque de la parution originale de l’ouvrage de vastes secteurs de la forêt du Gâvre étaient couverts de landes ou sujets à des dégradations importantes liées au pâturage du bétail. Comme on peut le comprendre à la lecture des quelques extraits ci-dessous, si le tableau n’était donc pas idyllique, l’ouvrage restitue bien, cependant, l’atmosphère d’une forêt qui n’est plus, bien plus sauvage et plus majestueuse que de nos jours (où, de surcroît, elle est soumise à la logique de surexploitation que l’on sait).

 

D’entrée de jeu, Edouard Richer nous présente la forêt du Gâvre comme étant « une des plus belles de France, la plus étendue, la plus importante, et la seule futaie même du département de la Loire-Inférieure… ».

 

 

p. 21 :

 « C’est à la vue d’une grande forêt que l’on doit recommander plus que jamais les soins les plus minutieux, l’économie la plus sage. Celle du Gâvre, qui appartient au Gouvernement, est la seule debout, de tant d’autres dont elle était entourée il y a quelques siècles. Le besoin et l’avidité ont tout détruit dans nos contrées. Nous sommes dans une des portions les plus boisées de la France, et déjà le consommateur, le propriétaire, le peuple lui-même se plaint de la rareté des bois. Nos tribunes retentissent des craintes que tâchent d’inspirer les gens éclairés au Gouvernement, car la France entière deviendra bientôt comme l’Angleterre, où il ne reste plus aujourd’hui une seule forêt remarquable. »

 

 

pp. 22-23 :

 « …Des hêtres énormes, qui se plaisent dans les terres fortes, jettent une ombre profonde dans l’intérieur des massifs ; à la surface du sol, on aperçoit un grand nombre de houx. Ces arbres sont, avec quelques variétés de chênes, les plus communs de la forêt. Le peuplier tremble, le nerprun, l’alisier, le sureau noir, le pommier, le poirier et le cerisier sauvages sont les autres arbres de la forêt. Le cormier y est assez rare ; mais il y vient fort bien, on le rencontre dans quelques-unes des avenues. »

 

 

pp. 36-37 :

 « C’est vers le soir qu’il faut examiner les parties les plus boisées. Imaginez-vous des milliers de troncs dont nulle branche n’interrompt la continuité, et surmontés seulement d’un léger chapiteau de feuillage. Jamais monument n’offrit une colonnade plus majestueuse. Le jour y vient d’en haut, comme dans les cirques et les temples des anciens. A l’horizon, tout est borné de troncs couverts de mousse. Si un rayon de lumière y trouve une issue, il éclaire en entier le fond de la forêt, et le feuillage semble un palais aérien revêtu des couleurs les plus vives et soutenu par des colonnes dont la mousse glauque qui les couvre fait paraître de bronze. Si le vent ferme cette ouverture mobile à la lumière et lui en présente une autre, on voit le rayon brisé courir rapidement comme une apparition sur un espace devenu sombre tout à coup. Il est impossible d’être affecté d’une manière plus solennelle. On retrouve là ces émotions tranquilles et profondes qu’inspire la vue d’une grande forêt. »

 

 

pp. 41-42 :

« En retournant vers l’ouest, à l’extrémité de la route du Pas Portais on arrive à des chênes immenses. La hauteur de ces arbres vous frappe. Tous en ligne droite comme des mâts de navire, leur feuillage étendu jette une ombre profonde à leurs pieds. Pas un rameau, pas une feuille n’est agité autour de vous ; la vue ne s’arrête que sur les troncs immobiles des arbres. Le feuillage et la lumière sont loin au-dessus de votre tête. Dans l’immobilité de ces lieux, tout parait endormi, et l’on craindrait presque de fouler aux pieds les racines tortueuses des arbres dont les courbes saillantes et la couleur lisse imitent la forme des serpents. Du pied d’un de ces colosses du règne végétal, l’on tâche de se rappeler les descriptions des forêts que l’on a lues autrefois chez nos poètes, l’on s’explique alors ce que l’on éprouve, et l’on donne un langage à ses sensations. Auparavant, on avait approuvé l’épithète de murmurante que donne aux forêts l’auteur des Etudes de la nature* ; maintenant, on applaudit aux poètes qui ont si souvent chanté leur silence. »

 

* [L’on voit que l’auteur a lu cet ouvrage de Bernardin de Saint-Pierre dont on retient surtout aujourd’hui Paul et Virginie. Les Etudes de la nature ont été rééditées en 2007 aux Publications de l'université de Saint-Etienne (623 p.) avec une présentation et des annotations de Colas Duflo qui nous rappelle utilement, à cette occasion, que « constamment rééditées, depuis leur première publication en 1784 jusqu'à la fin du XIXe siècle, les Etudes de la nature ont eu sur la littérature et la philosophie françaises une influence aujourd'hui méconnue. Entre le rousseauisme dont il se réclame et le premier romantisme qui s'en inspirera, Bernardin de Saint-Pierre brosse, dans une écriture somptueuse, le panorama d'une nature bienfaisante dans la moindre de ses parties. Ce vaste système, fondé sur un finalisme généralisé, prétend englober tout le champ du réel et du savoir humain. Il se développe en théorie de la science, en métaphysique, en esthétique et en théologie. Il emprunte sa matière à l'histoire naturelle et à la science de son temps, aux récits de voyage, à la biographie de l'auteur. Il est parfois ennuyeux, souvent d'un lyrisme étonnant ; il a des fulgurances poétiques et des moments d'involontaire drôlerie. Il invente ce faisant la description moderne de la nature, ouvrant une lignée qui va de Chateaubriand à Saint-John Perse. L'édition ici présentée est la première depuis plus d'un siècle, et la seule conforme à la dernière publiée du vivant de l'auteur. » Pour aller plus loin concernant Bernardin de Saint-Pierrre : L'homme et la nature chez Bernardin de Saint-Pierre | Cairn.info]

 

 

p. 46 :

« Le plus dangereux de tous ces animaux, c’est le loup. Heureusement, il est en assez petit nombre au Gâvre. Il habite de préférence les bois-taillis voisins ; il ne se réfugie dans les futaies que lorsqu’il est chassé de sa demeure ordinaire. Cependant, cet animal s’était plus multiplié dans ces cantons dans les premières années qui ont suivi la guerre civile. Depuis, on lui fit la chasse, et on a vu d’année en année le nombre en diminuer progressivement. Le paysan le tue quelquefois à l’affût, mais il lui tend plus ordinairement deux sortes de pièges… »

 

 

pp. 50-51 :

« En continuant sa promenade dans le nord, au-delà de la route de l’Epine des Haies, on atteint un endroit où le sol humide ne permet pas de pénétrer facilement dans toutes les saisons. Il est impossible de voir un spectacle comme celui qui s’offre à vos yeux. C’est la forêt dans son désordre, c’est la nature livrée à elle-même : des troncs rompus embarrassent la route infréquentée ; les arbres croissent dans toutes les directions ; tous les âges semblent être mêlés ; l’arbre usé de vieillesse est tombé sur celui qu’a frappé la foudre ; des troncs entiers, depuis longtemps desséchés, sont suspendus à des branches encore vertes ; d’autres, jetés dans le courant des eaux et creusés par elles, servent de lits à des ruisseaux à demi taris. L’humidité entretenue sous ces vastes ombrages trace d’épaisses couleurs sur ces troncs que des fongites rameuses ont revêtus de la livrée de la mort. Dans quelques endroits, le sol, dépouillé des feuilles que les années y ont accumulées, offre la trace récente d’un sanglier… »

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Edouard Richer

 
 

Quelques repères historiques


La forêt actuelle est une petite partie de l'immense forêt naturelle qui recouvrait autrefois l'essentiel de la Bretagne intérieure.

La découverte de haches de pierre et de bronze atteste de l’occupation de ce territoire à l'époque néolithique (- 5500 à - 2200 av. J.-C.). L'alignement du Pilier, exceptionnel par sa longueur, en est une remarquable illustration.

L'époque celtique a ensuite vu l'exploitation du minerai de fer grâce à la présence d'eau et de bois en quantité suffisante pour alimenter les bas fourneaux. Des lieux-dits tels que « Les Ferrières » en témoignent.

Le nom « Gâvre » pourrait être d'origine celtique et proviendrait alors de « gavr » qui signifie la chèvre ou le chevreuil.

A l'époque gallo-romaine, Blain est un carrefour très important de communication et la voie vers Condate (Rennes) traverse Le Gâvre. Des vestiges de thermes ont été découverts au sud de la forêt.

La chapelle de La Magdeleine rappelle qu'au XIIe siècle les moines de l'abbaye de Blanche-Couronne (sur la commune de La Chapelle-Launay) sont venus défricher le secteur des Chêtelons pour y accueillir une communauté de lépreux.

Au XIIIe siècle, la forêt étant une propriété des ducs de Bretagne, c'est Pierre 1er dit Mauclerc qui décide de construire un château. Il s'y installe, à proximité des habitants, et leur accorde des avantages en matière de droits d'utilisation de la forêt et de suppressions de taxes : c'est la naissance de la « Ville Franche » du Gâvre.

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L'alignement mégalithique du Pilier est un témoignage d'une présence humaine sur le site du massif forestier gavrais il y a plus de 5000 ans

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Lors du mariage d'Anne de Bretagne avec Charles VIII en 1491, la forêt est rattachée au domaine royal, puis après la Révolution française et jusqu'à ce jour, au domaine privé de l'Etat : c'est une forêt « domaniale ».

D'autres évènements historiques ont marqué l'Histoire du Gâvre : la destruction du premier château par le puissant Olivier de Clisson, seigneur de Blain, jaloux de n'avoir pu bénéficier de ce trophée lors de la Guerre de succession de Bretagne ; la reconstruction d'un deuxième édifice aujourd'hui disparu ; le séjour de groupes royalistes qui ont trouvé refuge en forêt pendant la Révolution (cf. la Croix du chêne de la messe).

Enfin, lors de la Première Guerre mondiale, des camps de prisonniers allemands y ont été installés. Et pendant la Guerre 39-45, des munitions y ont été stockées, d'abord par les troupes britanniques en 1940, puis par les troupes allemandes pendant l'occupation.

Une maquette du château du Gâvre, aujourd'hui disparu, est exposée dans une salle de la Maison de la Forêt

La forêt du Gâvre aujourd'hui

C'est un massif qui couvre 4500 ha.

Cette surface se répartit pour 60 % en feuillus, chêne rouvre et chêne pédonculé essentiellement, et 40 % en résineux, pin sylvestre et pin maritime.

La forêt est située entièrement sur le territoire de la commune du Gâvre. Elle est divisée en 234 parcelles de 10 à 30 ha, qui sont numérotées sur le terrain.

On y dénombre plus de 70 espèces d'oiseaux, des petits mammifères (écureuil, martre, blaireau, 13 espèces de chauves-souris...) et des grands mammifères (cervidés : cerfs, chevreuil...). La forêt abrite également de nombreuses autres espèces, dont des amphibiens rares tels que la salamandre tachetée ou la grenouille rousse.

Cette forêt est particulièrement connue pour ses ressources mycologiques, et chaque automne y voit revenir les amateurs de champignons venus de toute la Loire-Atlantique et des départements voisins.

Il s’agit d’une forêt domaniale. C’est donc une forêt publique, propriété de l'Etat et relevant de son domaine privé.  Elle est gérée par l'ONF (Office National des Forêts). Le plan d'aménagement élaboré par cet organisme doit répondre à trois objectifs : production de bois (environ 20 000 m3 par an), préservation de la biodiversité, accueil des visiteurs.

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Carte de la Forêt du Gâvre

Dépliant avec carte

(téléchargeable)

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Cliquez sur la carte pour vous y déplacer en gros plan

La forêt du Gâvre, hier et aujourd'hui, par Emile Allard

 

La Société académique de Nantes et de Loire-Atlantique est une très ancienne société savante puisque sa fondation remonte à 1798. Depuis lors, au fil de ses dénominations successives, elle ne cesse d’apporter une contribution des plus remarquables à la vie culturelle nantaise et nationale, tout particulièrement à travers sa revue à caractère principalement historique, les Annales de Nantes et du Pays nantais, devenue Neptuna en 2006.

C’est ainsi que figure dans son n° 264 du 2ème trimestre 1997 – consacré à Blain, le Gâvre : entre château et forêt – un article qui nous concerne tout particulièrement, puisqu’il s’intitule La forêt du Gâvre, hier et aujourd’hui. Son auteur, dont certain(e)s se souviennent certainement et qui s’impliqua notamment dans des sorties de la Maison de la Forêt, était particulièrement bien placé pour parler de la forêt domaniale du Gâvre, notamment en sa qualité de responsable ONF en charge de cette forêt à l'époque.

La première partie de l’article évoque avec moult précisions historiques la Forêt d’hier, tandis que la deuxième partie s’attache à dresser un tableau de la Forêt d’aujourd’hui (en cette fin du 20e siècle). Ce dernier permet de mesurer, avec le recul du temps et par delà une action de l’ONF passablement… idéalisée, combien la dernière phrase de l’auteur apparaît empreinte d’un optimisme malheureusement très excessif : « …la forêt demeure inchangée et, pendant des siècles encore, les majestueux chênes continueront à en être la parure. »

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LA FORET DU GAVRE, HIER ET AUJOURD'HUI

FORÊT D'HIER

    La forêt du Gâvre, qui couvre 4500 hectares, est le plus grand massif forestier domanial de Bretagne. Seule la forêt privée de Paimpont, l'antique Brocéliande, est plus étendue. La forêt du Gâvre vient du mot celto-breton « gaor », qui signifie chèvre ou chevreuil et qui, par mutation, devient « gavr » ; elle a la particularité d'être sise exclusivement sur le territoire communal du Gâvre.

    Propriété des comtes de Nantes au XIe siècle, cette forêt devient ducale, propriété des ducs de Bretagne ; puis forêt royale par la réunion de la Bretagne au domaine de France lors du mariage de la duchesse Anne de Bretagne avec Charles VIII le 6 décembre 1491 ; après la Révolution, elle est domaniale.

    Sous le contrôle constant des maîtres des Eaux et Forêts, ce massif fut régulièrement entretenu et surveillé par de nombreux gardes forestiers. Tandis que les forêts de la région de Châteaubriant, en grande partie l'apanage des Condé, étaient traitées en taillis sous futaie et produisaient essentiellement du bois de chauffage nécessaire aux importantes forges de la région, la forêt du Gâvre, elle, fut toujours traitée en futaie afin de produire du bois d'œuvre de grande qualité.

    La grande période fut celle où le massif était ducal. Les ducs de Bretagne avaient un château au Gâvre et venaient de Nantes y chasser cerfs et loups.

    En 1226, Pierre 1er de Dreux, alors duc de Bretagne, fonda la ville franche de Gâvre et chercha à attirer des habitants autour du château, mais sans succès. En 1296, le duc Jean II accorde des terres de son domaine pour fixer une population, et donne des « droits d'usage » en forêt  dans  des  cantons  nettement délimités,  tel  le « Breuil des arpents ». « La faculté d'en avoir et tirer à toujours tous les fruits et profits tant en herbage de lande, comme en glands et toute autre manière de panage, sous les conditions toutefois de ne pouvoir rien couper ni exploiter de bois qui est ou sera en la dite lande du "Breuil des arpents" ».

    Les  lettres  ducales  de  1296 furent  confirmées en 1409 et 1480 par le roi de France, Charles VIII en 1500.

    Lors de la réunion de la Bretagne à la France, la forêt du Gâvre, qui était la première du Duché, va perdre de l'importance dans la longue liste des forêts royales, et sera négligée dans son entretien. Les riverains vont en...

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successivement : le connétable de Richemont, les Rohan, les ducs de Coislin, les Lecour-Grandmaison, Lareinty, La Rochefoucault, V.B. Etienne, le comte Armand. On chasse principalement le cerf et le sanglier.

 

FORÊT  D'AUJOURD'HUI

 

    A l'aube du troisième millénaire. qu'attendons-nous de la forêt ? Nos sociétés industrialisées où tout s'accélère à grande vitesse pour automatiser, robotiser,  stéréotyper nos  productions,   à  l'heure où   nous   commençons   à découvrir l'échelle de la mondialisation ; l'homme, lui, comment perçoit-il l'arbre ?

    En France, le quart du territoire national est boisé, dont les deux tiers sont composés d'essences feuillues précieuses, principalement le chêne sessile, le chêne pédonculé et le hêtre. Ce patrimoine végétal se répartit entre trois types de propriétaires : les forêts domaniales, qui appartiennent à l'Etat, couvrent 1.7 million d'hectares, les forêts des collectivités, principalement communales, occupent 2.3 millions d'hectares, et enfin les forêts privées 10 millions d'hectares. Notons que la forêt privée est très morcelée (1.5 million de propriétés privées ont une surface inférieure à  20 hectares ; seules 700 sont supérieures à 500 hectares) ce qui complique fortement sa gestion. La surface boisée ne cesse d'augmenter : en 1860 nous comptions 9.5 millions d'hectares alors qu'actuellement nous sommes à plus de 14 millions. Enfin, la « filière bois » est un gros utilisateur de main d'œuvre puisque 600.000 personnes y travaillent.

    Gérée par l’Office National des Forêts, la forêt du Gâvre, située entre les deux grandes métropoles bretonnes que sont Nantes et Rennes, est un « espace naturel  » représentatif du patrimoine forestier national.

    Les objectifs qui lui sont assignés en cette fin de vingtième siècle sont multiples et variés. Notons que ses objectifs au fil des siècles ont changé ; en des temps reculés, elle fut lieu de refuge et de survie avec l'exercice de la chasse et la cueillette de fruits sauvages ; au Moyen-Âge, aire de pâturage pour bovins et porcs, puis production de bois de chauffage et de construction ; au XIXe siècle, on exigea d'énormes fournitures de bois énergie pour alimenter les nouvelles industries. Aujourd'hui, elle a trois grandes missions à remplir :

- la production de « bois d'œuvre » de moyenne et haute qualité,

- l'accueil d'un public très varié,

- la préservation d'un milieu naturel vivant, mais fragile.

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profiter pour augmenter leurs « droits d'usage » au droit de ramassage de bois de chauffage. En 1555, le grand maître des Eaux et Forêts reconnaîtra ces droits que la Révolution maintiendra, confirmé par un acte du 3 vendémiaire an X.

    En vertu de ces droits, chaque année pendant deux jours, les habitants de la localité ont le droit de ramasser la litière sans redevance dans l'actuel canton du champ de courses de Mespras.

    Également fin du mois de janvier, le conseil municipal désigne des pâtres pour conduire les bestiaux en forêt dans les cantons « défensables ». Préalablement a lieu le traditionnel marquage des bêtes devant l'hôtel de la Croix Blanche, où le brigadier des Eaux et Forêts marque au fer chaque bête de l'initiale du village d'origine. Seules les bêtes marquées pourront aller au pâturage en forêt. Chaque matin, les pâtres sonnent le rassemblement à la   corne ; ils ramènent les animaux le soir sur la place   du village (en 1832, on recense que 204 maisons envoyaient 408 bovins et 400 porcs au pacage).

    Il faut noter que jusqu'en 1830, plus du tiers de la forêt était réservé à l'agriculture, puisque 1700 hectares étaient « vides à pâturage ». Puis, vers 1858, ces privilèges furent progressivement délaissés, aussi les forestiers entreprirent de reboiser ces espaces libérés, d'abord par du chêne qui s'installa très difficilement en raison de la pauvreté chimique et l'hydromorphie du sol ; c'est pourquoi on introduisit une essence plus frugale et mieux adaptée, à savoir le pin sylvestre.

    Durant plusieurs siècles, la population gâvraise a vécu par sa forêt. Sous l'Ancien Régime, les notables étaient composés par les officiers de la forêt et, en premier, le maître particulier, le procureur du roi auprès de la table du marbre, et le greffier... Ils demeuraient en la « ville du Gâvre » dans de vieux hôtels ouvragés telle la maison Benoît.

    Les habitants du Gâvre ont tissé des liens extrêmement forts avec la forêt, tant sentimentalement qu'économiquement ; ils forment une abondante main-d'œuvre pour les travaux d'entretien, d'exploitation et de reboisement de celle-ci.

    Les premiers arrivants étaient les bûcherons et les scieurs de long qui colonisaient la coupe achetée par l'exploitant forestier. D'abord, ils construisaient une hutte pour s'y loger et y restaient toute la semaine ; de...

Production de « bois d'œuvre » de moyenne et haute qualité

 

    Le sous-sol forestier est constitué de schistes argileux et de gneiss micassés sur lesquels  est déposé un mélange plus ou moins épais d'argile, de graviers et de cailloux roulés avec parfois des placages de limon. On constate une très grande variabilité dans la qualité des sols, allant des sols argilolimoneux profonds et drainés jusqu'aux podzols chimiquement très  pauvres. Le manque de relief et le caractère imperméable du sous-sol entraînent souvent une hydromorphie  des sols.

    Le climat océanique y est très caractérisé, pluviométrie moyenne annuelle de 730 mm assez bien répartie, 11.3 °C de température moyenne annuelle, peu de gelées printanières, vents dominants de secteur ouest et sud-ouest parfois violents.

    Les essences qui composent ce massif sont : 45 % en chêne sessile ; 10 % en chêne pédonculé, 5 % en hêtre, 23 % en pin sylvestre et 17 % en pin maritime ; à l'état disséminé, on trouve également alisiers, merisiers, frênes, charmes et bouleaux.

    Les objectifs de production, les coupes à exploiter, les travaux à réaliser sont mentionnés dans un document appelé « aménagement », lequel est le fruit d'un travail d'équipe qui est en final approuvé par le ministre de l’Agriculture.  Le  schéma  directeur actuel couvre  la période allant de 1986 à 2010.

    Les prévisions sont de renouveler 590 hectares de chêne et 540 hectares de résineux, peuplements qui sont arrivés à maturité, voire dépérissants, durant cette période de 25 années.

    La récolte du chêne se fait à 200 ans avec un diamètre de 75 à 80 cm, pour donner du bois de haute qualité : merrain, ébénisterie, tranchage. Celle du pin sylvestre à 1OO ans avec un diamètre de 50 à 60 cm, pour donner du bois de qualité : menuiserie et charpente. Celle du pin maritime à 75 ans pour un diamètre de 50 à 60 cm, de qualité menuiserie. Actuellement, les chênes du Gâvre sont très prisés pour la fabrication de fûts où vieillissent les grands crus des  vins  de  Bordeaux.  Également, les pins sylvestres sont réputés pour leur qualité                     « charpente ».

    En 1992, la forêt du Gâvre a renoué avec la légendaire production de « bois de marine », puisqu'elle a fourni la quille de la « Recouvrance » lors de la grande fête des vieux gréements de Brest 92.

    La production annuelle est de l'ordre de 15 000 à 20 000 m3 de bois ; ce volume correspond à l'accroissement ligneux annuel de ce massif. La clientèle d'exploitants forestiers qui participe à cette vente provient principalement du Grand Ouest.

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nombreux puits avaient été creusés pour l'approvisionnement en eau. Ces travailleurs de force menaient une vie rude et austère.

    Ensuite, la ronde des boisiers continuait par de nombreux rouliers avec le « diable » et les attelages de plusieurs chevaux qui tiraient de lourdes grumes de chêne pour alimenter les scieries locales.

    Puis arrivaient les charbonniers, les sabotiers, les cercliers, les fournisseurs d'écorce pour les tanneurs qui étaient également des hôtes réguliers de la sylve ; c'était leur univers naturel et sauvage où l'entraide entre corporations était obligatoire.

    La corporation des sabotiers était très importante, car le sabot était la chaussure de la paysannerie.    L'essence utilisée pour sa fabrication était essentiellement le hêtre. En 1491, lors du mariage de la duchesse Anne, les Gâvrais nourrirent l'espoir de fabriquer d'élégants sabots à toute la France. A la fin du siècle dernier, son exportation était florissante vers les Etats-Unis d'Amérique, car plusieurs milliers de paires partaient de la halle de chemin de fer de la       « Maillardais » vers le nouveau continent. Et encore au début du siècle, on comptait pas moins de trois saboteries dans la ville du Gâvre.

    Comme industries d’antan, rappelons l’intense activité des forges, des verreries, des tanneries qui s’installaient à proximité des massifs forestiers, car grandes consommatrices de bois de chauffage nécessaire à leur essor.

    En 1669, Colbert met en place une règle sévère afin de permettre aux chênes de n'être pas coupés en herbe et de vieillir pour la marine.  L'ordonnance de Louis XIV décrète qu'il n'y aura plus de ventes extraordinaires dans les forêts royales « pour construction et réparation de nos maisons royales ou bâtiments de mer ».

    Cette forêt, à proximité du littoral, eut longtemps une vocation de production très spécifique, celle de produire des « bois de marine » pour la marine royale dans les arsenaux de Nantes, Lorient et Brest. Chaque année, les ingénieurs de la Marine royale venaient choisir les arbres susceptibles d'être utilisés pour la construction navale. Ils étaient marqués avec un marteau spécial où figurait l'ancre de marine. Ces marteaux furent utilisés jusque dans le courant du XIXe siècle.   

    La vénerie dans notre région de l'Ouest est un très vieux mode de chasse. Les grands veneurs qui ont chassé en forêt du Gâvre ont été...

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    La sylviculture actuelle privilégie la biodiversité des essences et la qualité du paysage. En effet, nous introduisons dans nos jeunes plantations résineuses, divers feuillus, tels les hêtres, les châtaigniers, les chênes rouges afin d'améliorer le paysage. Nous sommes très attentifs à la composition des lignes qui ferment les peuplements dans un souci d'esthétisme visuel.

 

Une capacité à accueillir un public très varié. La préservation d'un milieu naturel vivant, mais fragile.

   

    Notre société moderne depuis quelques années redécouvre « les milieux naturels », dont les milieux forestiers qui, par essence, constituent des sites privilégiés et exceptionnels pour l'observation de la flore et de la faune. Cet attrait très fort et grandissant des populations urbaines vers « ces espaces nature » se concrétise par une nouvelle et passionnante mission de  la foresterie d'aujourd'hui à répondre à ces besoins profonds en ouvrant avec discernement ces milieux VIVANTS qui sont d'une extrême richesse, mais également très FRAGILES au Gâvre.

    Accueillir le grand public de la métropole Nantes­Saint Nazaire (située à 30 minutes du Gâvre) avec l'exigence à la fois d'une découverte de qualité et également le souci de préserver cet espace, tel est le défi que nous devons relever.

    Aussi, cette tâche s'établit dans un partenariat très étroit entre !'Office National des Forêts, le Conseil Général de Loire-Atlantique, et le Pays d'Accueil des Trois Rivières.

    Au carrefour de la « Belle Étoile », un panneau d'informations indique aux randonneurs les sentiers pédestres, sportifs, équestres, pédagogiques qui peuvent être empruntés afin de mieux découvrir l'écosystème forestier sous ses différents aspects. Pour aiguiser les connaissances du promeneur, une exposition permanente « Flore et faune » est proposée dans le kiosque sylvestre.

    Pour mieux sensibiliser les enfants de l'école primaire à la forêt, l’Office National des Forêts en partenariat avec !'Éducation nationale a créé « une classe forêt ».

    Observer et préserver ce milieu forestier fait également partie de notre mission. Aussi l'O.N.F., en 1992, a créé dans l'hexagone le réseau RENECOFOR ; celui-ci couvre 34 pays européens. Les objectifs recherchés par ce dispositif scientifique sont un suivi intensif des forêts par  des  informations approfondies sur l'évolution  des écosystèmes forestiers et la détermination du niveau de charge critique en polluants. La forêt du Gâvre s'inscrit dans ce réseau 

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européen. Nous établissons aussi l'inventaire de variétés peu représentées, voire rares de la flore, telles le myrica galé, l'osmoda regalis, le pinguicula lusitanica.

    Cependant, même si nos connaissances scientifiques s'approfondissent, la forêt demeure inchangée et, pendant des siècles encore, les majestueux chênes continueront à en être la parure.

                                           

                                                          Émile ALLARD

La forêt du Gâvre/E. Allard/ANPN N° 264 1997