Les Amis de la Forêt du Gâvre

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Les Amis de la Forêt du Gâvre

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Une pépite de 1824 à découvrir !

Un livre ancien entièrement consacré à la forêt du Gâvre !

Une description détaillée de la forêt telle qu’elle était à l’époque de la Restauration, sous Charles X.

 

L’on doit ce témoignage précieux (quoique modeste, 66 pages) à Edouard Richer (1792 Noirmoutier-en-l’Île - 1834 Nantes) qui trouva l’inspiration de la plupart de ses ouvrages, avant de décéder prématurément de la tuberculose à 41 ans, dans ses voyages et dans la Nature. Ses livres empruntent largement au mode descriptif – au point qu‘il intitula l’un d’eux Du genre descriptif. C’est ainsi que nous avons Voyage à… Clisson, Paimboeuf, l’abbaye de la Trappe de Melleray, Promenade sur la rivière d’Erdre, Promenade à Orvault, sur les rives du Cens, et même Le Buron et le Château de Blain. Ceci n’est pas sans lien avec le fait que ses fonctions de naturaliste attaché au Cabinet d’histoire naturelle de Nantes (l’ancêtre du Museum) l’amenèrent à parcourir la Loire-Atlantique. Et il était, en outre, membre de la Société académique de Nantes et de Loire-Atlantique (fondée en 1798 et dénommée en 1824 Société académique du département de la Loire-Inférieure).

(https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89douard_Richer)

 

L’ouvrage, naturellement tombé dans le domaine public, est intégralement téléchargeable gratuitement en PDF sur le site Gallica de la Bibliothèque nationale de France qui a procédé à sa numérisation :

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k65722064#

 

Cette numérisation a également donné lieu en 2016 à la réédition de l’ouvrage en fac-similé dans le cadre d’une collection d‘incunables fruit d’une collaboration entre la BNF et Hachette Livre – Hachette BnF, « Le patrimoine à portée de main ».

Les Éditions du Net (LEN) ont également un partenariat avec la BNF « qui permet aux lecteurs de demander l'impression d'ouvrages disponibles sur le catalogue numérique de la BNF (fond Gallica). Les livres sont disponibles soit en version numérique, soit sur support papier » (impression à la demande, par ex : La forêt du Gâvre, broché 2018).

 

Texte à utiliser dans le respect des conditions de réutilisation non commerciale (rappelées en début de PDF).

Source gallica.bnf.fr/Bibliothèque nationale de France

L’on sait qu’à l’époque de la parution originale de l’ouvrage de vastes secteurs de la forêt du Gâvre étaient couverts de landes ou sujets à des dégradations importantes liées au pâturage du bétail. Comme on peut le comprendre à la lecture des quelques extraits ci-dessous, si le tableau n’était donc pas idyllique, l’ouvrage restitue bien, cependant, l’atmosphère d’une forêt qui n’est plus, bien plus sauvage et plus majestueuse que de nos jours (où, de surcroît, elle est soumise à la logique de surexploitation que l’on sait).

 

D’entrée de jeu, Edouard Richer nous présente la forêt du Gâvre comme étant « une des plus belles de France, la plus étendue, la plus importante, et la seule futaie même du département de la Loire-Inférieure… ».

 

 

p. 21 :

 « C’est à la vue d’une grande forêt que l’on doit recommander plus que jamais les soins les plus minutieux, l’économie la plus sage. Celle du Gâvre, qui appartient au Gouvernement, est la seule debout, de tant d’autres dont elle était entourée il y a quelques siècles. Le besoin et l’avidité ont tout détruit dans nos contrées. Nous sommes dans une des portions les plus boisées de la France, et déjà le consommateur, le propriétaire, le peuple lui-même se plaint de la rareté des bois. Nos tribunes retentissent des craintes que tâchent d’inspirer les gens éclairés au Gouvernement, car la France entière deviendra bientôt comme l’Angleterre, où il ne reste plus aujourd’hui une seule forêt remarquable. »

 

 

pp. 22-23 :

 « …Des hêtres énormes, qui se plaisent dans les terres fortes, jettent une ombre profonde dans l’intérieur des massifs ; à la surface du sol, on aperçoit un grand nombre de houx. Ces arbres sont, avec quelques variétés de chênes, les plus communs de la forêt. Le peuplier tremble, le nerprun, l’alisier, le sureau noir, le pommier, le poirier et le cerisier sauvages sont les autres arbres de la forêt. Le cormier y est assez rare ; mais il y vient fort bien, on le rencontre dans quelques-unes des avenues. »

 

 

pp. 36-37 :

 « C’est vers le soir qu’il faut examiner les parties les plus boisées. Imaginez-vous des milliers de troncs dont nulle branche n’interrompt la continuité, et surmontés seulement d’un léger chapiteau de feuillage. Jamais monument n’offrit une colonnade plus majestueuse. Le jour y vient d’en haut, comme dans les cirques et les temples des anciens. A l’horizon, tout est borné de troncs couverts de mousse. Si un rayon de lumière y trouve une issue, il éclaire en entier le fond de la forêt, et le feuillage semble un palais aérien revêtu des couleurs les plus vives et soutenu par des colonnes dont la mousse glauque qui les couvre fait paraître de bronze. Si le vent ferme cette ouverture mobile à la lumière et lui en présente une autre, on voit le rayon brisé courir rapidement comme une apparition sur un espace devenu sombre tout à coup. Il est impossible d’être affecté d’une manière plus solennelle. On retrouve là ces émotions tranquilles et profondes qu’inspire la vue d’une grande forêt. »

 

 

pp. 41-42 :

« En retournant vers l’ouest, à l’extrémité de la route du Pas Portais on arrive à des chênes immenses. La hauteur de ces arbres vous frappe. Tous en ligne droite comme des mâts de navire, leur feuillage étendu jette une ombre profonde à leurs pieds. Pas un rameau, pas une feuille n’est agité autour de vous ; la vue ne s’arrête que sur les troncs immobiles des arbres. Le feuillage et la lumière sont loin au-dessus de votre tête. Dans l’immobilité de ces lieux, tout parait endormi, et l’on craindrait presque de fouler aux pieds les racines tortueuses des arbres dont les courbes saillantes et la couleur lisse imitent la forme des serpents. Du pied d’un de ces colosses du règne végétal, l’on tâche de se rappeler les descriptions des forêts que l’on a lues autrefois chez nos poètes, l’on s’explique alors ce que l’on éprouve, et l’on donne un langage à ses sensations. Auparavant, on avait approuvé l’épithète de murmurante que donne aux forêts l’auteur des Etudes de la nature* ; maintenant, on applaudit aux poètes qui ont si souvent chanté leur silence. »

 

* [L’on voit que l’auteur a lu cet ouvrage de Bernardin de Saint-Pierre dont on retient surtout aujourd’hui Paul et Virginie. Les Etudes de la nature ont été rééditées en 2007 aux Publications de l'université de Saint-Etienne (623 p.) avec une présentation et des annotations de Colas Duflo qui nous rappelle utilement, à cette occasion, que « constamment rééditées, depuis leur première publication en 1784 jusqu'à la fin du XIXe siècle, les Etudes de la nature ont eu sur la littérature et la philosophie françaises une influence aujourd'hui méconnue. Entre le rousseauisme dont il se réclame et le premier romantisme qui s'en inspirera, Bernardin de Saint-Pierre brosse, dans une écriture somptueuse, le panorama d'une nature bienfaisante dans la moindre de ses parties. Ce vaste système, fondé sur un finalisme généralisé, prétend englober tout le champ du réel et du savoir humain. Il se développe en théorie de la science, en métaphysique, en esthétique et en théologie. Il emprunte sa matière à l'histoire naturelle et à la science de son temps, aux récits de voyage, à la biographie de l'auteur. Il est parfois ennuyeux, souvent d'un lyrisme étonnant ; il a des fulgurances poétiques et des moments d'involontaire drôlerie. Il invente ce faisant la description moderne de la nature, ouvrant une lignée qui va de Chateaubriand à Saint-John Perse. L'édition ici présentée est la première depuis plus d'un siècle, et la seule conforme à la dernière publiée du vivant de l'auteur. » Pour aller plus loin concernant Bernardin de Saint-Pierrre : L'homme et la nature chez Bernardin de Saint-Pierre | Cairn.info]

 

 

p. 46 :

« Le plus dangereux de tous ces animaux, c’est le loup. Heureusement, il est en assez petit nombre au Gâvre. Il habite de préférence les bois-taillis voisins ; il ne se réfugie dans les futaies que lorsqu’il est chassé de sa demeure ordinaire. Cependant, cet animal s’était plus multiplié dans ces cantons dans les premières années qui ont suivi la guerre civile. Depuis, on lui fit la chasse, et on a vu d’année en année le nombre en diminuer progressivement. Le paysan le tue quelquefois à l’affût, mais il lui tend plus ordinairement deux sortes de pièges… »

 

 

pp. 50-51 :

« En continuant sa promenade dans le nord, au-delà de la route de l’Epine des Haies, on atteint un endroit où le sol humide ne permet pas de pénétrer facilement dans toutes les saisons. Il est impossible de voir un spectacle comme celui qui s’offre à vos yeux. C’est la forêt dans son désordre, c’est la nature livrée à elle-même : des troncs rompus embarrassent la route infréquentée ; les arbres croissent dans toutes les directions ; tous les âges semblent être mêlés ; l’arbre usé de vieillesse est tombé sur celui qu’a frappé la foudre ; des troncs entiers, depuis longtemps desséchés, sont suspendus à des branches encore vertes ; d’autres, jetés dans le courant des eaux et creusés par elles, servent de lits à des ruisseaux à demi taris. L’humidité entretenue sous ces vastes ombrages trace d’épaisses couleurs sur ces troncs que des fongites rameuses ont revêtus de la livrée de la mort. Dans quelques endroits, le sol, dépouillé des feuilles que les années y ont accumulées, offre la trace récente d’un sanglier… »

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Edouard Richer

Quelques repères historiques


La forêt actuelle est une petite partie de l'immense forêt naturelle qui recouvrait autrefois l'essentiel de la Bretagne intérieure.

La découverte de haches de pierre et de bronze atteste de l’occupation de ce territoire à l'époque néolithique (- 5500 à - 2200 av. J.-C.). L'alignement du Pilier, exceptionnel par sa longueur, en est une remarquable illustration.

L'époque celtique a ensuite vu l'exploitation du minerai de fer grâce à la présence d'eau et de bois en quantité suffisante pour alimenter les bas fourneaux. Des lieux-dits tels que « Les Ferrières » en témoignent.

Le nom « Gâvre » pourrait être d'origine celtique et proviendrait alors de « gavr » qui signifie la chèvre ou le chevreuil.

A l'époque gallo-romaine, Blain est un carrefour très important de communication et la voie vers Condate (Rennes) traverse Le Gâvre. Des vestiges de thermes ont été découverts au sud de la forêt.

La chapelle de La Magdeleine rappelle qu'au XIIe siècle les moines de l'abbaye de Blanche-Couronne (sur la commune de La Chapelle-Launay) sont venus défricher le secteur des Chêtelons pour y accueillir une communauté de lépreux.

Au XIIIe siècle, la forêt étant une propriété des ducs de Bretagne, c'est Pierre 1er dit Mauclerc qui décide de construire un château. Il s'y installe, à proximité des habitants, et leur accorde des avantages en matière de droits d'utilisation de la forêt et de suppressions de taxes : c'est la naissance de la « Ville Franche » du Gâvre.

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L'alignement mégalithique du Pilier est un témoignage d'une présence humaine sur le site du massif forestier gavrais il y a plus de 5000 ans

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Lors du mariage d'Anne de Bretagne avec Charles VIII en 1491, la forêt est rattachée au domaine royal, puis après la Révolution française et jusqu'à ce jour, au domaine privé de l'Etat : c'est une forêt « domaniale ».

D'autres évènements historiques ont marqué l'Histoire du Gâvre : la destruction du premier château par le puissant Olivier de Clisson, seigneur de Blain, jaloux de n'avoir pu bénéficier de ce trophée lors de la Guerre de succession de Bretagne ; la reconstruction d'un deuxième édifice aujourd'hui disparu ; le séjour de groupes royalistes qui ont trouvé refuge en forêt pendant la Révolution (cf. la Croix du chêne de la messe).

Enfin, lors de la Première Guerre mondiale, des camps de prisonniers allemands y ont été installés. Et pendant la Guerre 39-45, des munitions y ont été stockées, d'abord par les troupes britanniques en 1940, puis par les troupes allemandes pendant l'occupation.

Une maquette du château du Gâvre, aujourd'hui disparu, est exposée dans une salle de la Maison de la Forêt

La forêt du Gâvre aujourd'hui

C'est un massif qui couvre 4500 ha.

Cette surface se répartit pour 60 % en feuillus, chêne rouvre et chêne pédonculé essentiellement, et 40 % en résineux, pin sylvestre et pin maritime.

La forêt est située entièrement sur le territoire de la commune du Gâvre. Elle est divisée en 234 parcelles de 10 à 30 ha, qui sont numérotées sur le terrain.

On y dénombre plus de 70 espèces d'oiseaux, des petits mammifères (écureuil, martre, blaireau, 13 espèces de chauves-souris...) et des grands mammifères (cervidés : cerfs, chevreuil...). La forêt abrite également de nombreuses autres espèces, dont des amphibiens rares tels que la salamandre tachetée ou la grenouille rousse.

Cette forêt est particulièrement connue pour ses ressources mycologiques, et chaque automne y voit revenir les amateurs de champignons venus de toute la Loire-Atlantique et des départements voisins.

Il s’agit d’une forêt domaniale. C’est donc une forêt publique, propriété de l'Etat et relevant de son domaine privé.  Elle est gérée par l'ONF (Office National des Forêts). Le plan d'aménagement élaboré par cet organisme doit répondre à trois objectifs : production de bois (environ 20 000 m3 par an), préservation de la biodiversité, accueil des visiteurs.

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Carte de la Forêt du Gâvre

Dépliant avec carte

(téléchargeable)

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