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Schéma d'Accueil du Public :

l'exemple de la Forêt Domaniale de Marly

Réalisation du schéma d'accueil de la forêt de Marly - Quentin Beurier - AgroParisTech ENGREF - 2013

"Les forêts publiques satisfont de manière spécifique à des besoins d'intérêt général, soit par l'accomplissement d'obligations particulières dans le cadre du régime forestier, soit par une promotion des activités telles que l'accueil du public, la conservation des milieux, la prise en compte de la biodiversité et la recherche scientifique."
Article L.1er du Code Forestier


"Dans les espaces boisés et forestiers ouverts au public, le document d'aménagement répondant aux conditions prévues à l'article L.212-2 intègre les objectifs d'accueil du public."
Article L.122-9 du Code Forestier


"Dans les bois et forêt relevant du régime forestier, en particulier dans ceux appartenant à l'État mentionné au 1° de l'article L.211-1, l'ouverture au public doit être recherchée le plus largement possible. Celle-ci implique des mesures permettant la protection des bois et forêts et des milieux naturels, notamment pour garantir la conservation des sites les plus fragiles ainsi que des mesures nécessaires à la sécurité du public."
Article L.122-10 du Code Forestier


" Dans les forêts soumises à une forte fréquentation du public, la préservation et l'amélioration du cadre de vie des populations sont prioritaires, dans le respect des objectifs de la gestion durable."

Article L.133-1 du Code Forestier

 

Intro

Pour bien comprendre ce qu’est un Schéma d’accueil du public, ses tenants et aboutissants et ses modalités d’élaboration, plutôt que de multiplier les exemples d’une pratique qui tend désormais à se généraliser ou de nous attacher aux principes théoriques et institutionnels sous-tendant cette démarche, il nous est apparu plus pertinent et parlant de mettre en avant un mémoire de maîtrise que les autorités encadrant ce travail ne pouvaient que laisser en libre accès (« consultable et diffusable ») au regard de ses grandes qualités évidentes.

 

Le fait qu’il s’agisse d’un travail à caractère universitaire – puisque rédigé dans le cadre d’un stage de fin d’études – permet d’aborder le Schéma d’accueil du public d’un point de vue finalement plus global et distancié, autorisant une certaine réflexion de fond, que ne pourrait le laisser croire la formulation du sujet abordé, circonscrit à la « Réalisation du schéma d’accueil de la forêt de Marly » ou que n’aurait permis un travail mené dans un cadre strictement professionnel.

 

Il va de soi que les éléments et passages que nous avons choisi de surligner dans cette matière abondante traitent davantage du schéma d’accueil du public en général que de celui de la forêt domaniale de Marly en particulier. Une matière qui met clairement en évidence qu’il est éminemment souhaitable, dans un pareil contexte de forêt périurbaine, de privilégier la futaie irrégulière et d’en tirer toutes les conséquences.

 

Il convient néanmoins de ne pas perdre de vue que ce travail de fin d’études est bien un mémoire de dominante Gestion Forestière, que l’organisme pilote/contractant est l’ONF et qu’à l’issue de ce travail l’auteur sortira diplômé de l’ENGREF et donc d’AgroParisTech. Ce qui explique également un certain tropisme en faveur du maintien de l’exploitation et de la production de bois dans une forêt suburbaine. D’autant que, sans être ancien, ce travail date déjà de 2013. Depuis lors, les schémas d’accueil du public n’ont cessé de gagner en importance, pour ne pas dire en maturité, tandis que dans le même temps, la Sylviculture mélangée à couvert continu (SMCC) et son corolaire, la futaie irrégulière, ne cessaient de gagner en popularité et en crédibilité, parallèlement au discrédit toujours grandissant des coupes rases (et ce, en dépit du fait qu’actuellement le plan Macron de plantation d’un milliard d’arbres, tout entier acquis au modèle forestier productiviste, favorise allègrement les « plantations en plein »  qui passent inévitablement par des coupes rases opportunément décrétées « sanitaires » : moyennant un gaspillage éhonté d’argent public, l‘on va aboutir à l’effet inverse de celui recherché : des forêts non pas mieux adaptées, mais mal adaptées au changement climatique !).

 

Fort de son cursus – FIF (Formation des Ingénieurs Forestiers, désormais SIF, Sciences et Ingénierie Forestières) au sein de l’ENGREF (Ecole nationale du génie rural, des eaux et des forêts) qui est une école interne d’AgroParisTech (l’Institut national des sciences et industries du vivant et de l’environnement) –Quentin Beurier travaille actuellement, en qualité d’associé, au sein d’un grand cabinet d’experts forestiers.

Pour rédiger ce S.A.P. il faut d’abord dresser l’état des lieux de la forêt : fréquentation, équipements présents, attentes des acteurs locaux et des usagers, avis des gestionnaires... De la synthèse de ces éléments on dégage ensuite les grandes lignes de gestion qu’il va falloir suivre pendant la période d’application pour répondre aux attentes du public. Ces axes de gestion sont déclinés en un plan d’actions prévisionnel.
 

À Marly, l’étude a montré que les usagers sont globalement satisfait de l’offre d’accueil mais qu’ils attendent une autre gestion sylvicole, moins traumatisante et garante de la pérennité des paysages qu’ils viennent chercher en forêt. Rarement appliquée dans les forêts publiques de la région, il semble que la futaie irrégulière soit amenée à être plus souvent pratiquée. C’est en effet la solution qui émerge le plus souvent des réflexions actuelles et qui devrait permettre d’assurer la multifonctionnalité de la forêt dans le contexte francilien.

Afin de répondre au mieux aux obligations que la loi lui impose en matière d'accueil du public, l'O.N.F. a décidé d'initier une démarche générale, destinée à produire un plan d'action traitant de cette thématique : le Schéma d'Accueil du Public (SAP). Selon GERNIGON (2011), le S.A.P. est "une démarche concertée d'aménagement d'un espace forestier pour accueillir les publics. Elle est menée à l'échelle d'un territoire. Basée sur un diagnostic de l'espace forestier et de ses composantes locales, elle formule une stratégie d'accueil à l'échelle de la forêt considérée et de ses sites."
 

Complément de l'aménagement forestier, le S.A.P. doit être conçu puis mis en oeuvre dans le respect des principes de développement durable et dans une démarche de concertation entre le forestier et les autres acteurs du territoire.
 

Ce dernier point est important et amène à parler de gouvernance. En effet, plus encore que pour les autres réalisations de l'O.N.F., il est indispensable que ce document soit réalisé avec l'ensemble de ses partenaires locaux directement concernés par le travail effectué : communes, autres collectivités territoriales, usagers, associations de défense du patrimoine et de l'environnement. Il est donc important de les associer à la démarche à plusieurs niveaux : recueil des attentes, participations au suivi du plan, implication financière ou technique, relais d'information...
 

Un SAP doit être établi lorsqu'un massif forestier est très fréquenté et que sa gestion multifonctionnelle peut en être affectée. Cela se traduit par le constat que l'une des fonctions de la forêt n'est plus suffisamment prise en compte, qu'une affecte trop fortement une autre, ou bien que des conflits apparaissent au sein même d'une fonction, et en particulier dans le rôle social de la forêt.

 

En Île de France, de nombreuses forêts domaniales sont désormais dotées d'un S.A.P. comme celle de Meudon, pionnière en la matière, ou celle de Rambouillet. Les années à venir devraient voir d'autres S.A.P. produits pour les massifs domaniaux de la région qui n'en disposent pas encore. La démarche est également engagée sur l'ensemble du pays.

(pp. 16-17)

De ces rendez-vous avec le personnel de terrain il ressort plusieurs points importants :
 

1) Ils revendiquent le besoin de changer la sylviculture mise en oeuvre afin de répondre aux attentes du public : garantir la continuité des paysages forestiers.
 

2) Ils ont besoin de moyens supplémentaires pour parvenir à réaliser correctement l’entretien des équipements et des aménagements d’accueil.

 

3) Ils ne disposent pas des outils pour faire appliquer les clauses techniques d’exploitation qui existent et ne peuvent donc pas garantir que les chantiers réalisés soient soignés et tiennent compte de la fréquentation du public. En outre, ils estiment que ces clauses ne sont pas suffisamment dures et devraient être revues.
 

4) Ils sont parfois confrontés à des partenaires qui demandent des explications concernant les écarts entre les sommes qu’ils versent à l’O.N.F. dans le cadre de conventions et les dépenses directes constatées. Ils ne disposent pas des arguments pour pouvoir tirer ces situations au clair et trouvent ça particulièrement inconfortable à assumer.
 

5) Ils évoquent enfin le fait que les associations locales de défense et de protection de l’environnement sont encore peu présentes et peu revendicatives. Cependant ils observent que des groupes commencent à émerger et à se faire plus pressant. D’après eux, si cette tendance se confirme l’application de l’aménagement tel qu’il est fait aujourd’hui va devenir un vrai problème et susciter toujours plus de réactions de la part des gens.
 

Pour les personnels que j’ai rencontrés, il y a un vrai décalage entre ce qui est affiché dans les réunions publiques ou dans les introductions de certains documents et la réalité que contiennent les documents d’aménagement et les choix effectués. C’est à ce niveau que la situation doit progresser. Cela doit passer par des choix forts comme le passage à une sylviculture continue et irrégulière sur l’ensemble d’une forêt comme celle deMarly.

(pp. 26-27)

Pour remédier à ce problème il est urgent de répondre concrètement aux attentes du public et ne plus se contenter de proposer des solutions peu pertinentes, en tout cas insuffisantes. Sur le terrain, cette réponse doit se traduire par un véritable changement de sylviculture dans les zones où l'accueil du public est l'objectif principal. On a vu que les gens n'apprécient pas de voir un peuplement en cours de régénération coupé à blanc. Bien que techniquement, cette méthode puisse être satisfaisante, elle ne l'est pas sur le plan esthétique et sentimental. La solution à promouvoir est l'irrégularisation des peuplements les plus soumis à l'opinion des gens afin de pouvoir obtenir une image pérenne de la forêt qui fasse écho à l'imaginaire du public. Comme cela a déjà été souligné (DUCROUX, 2012), cette option apparaît incontournable pour satisfaire l'objectif d'accueil quand celui-ci est le plus important pour une forêt et respecter le cadre légal de la gestion des forêts publiques. À travers l'exemple de la révision de l'aménagement de la forêt domaniale de Sénart, qui s'oriente vers une irrégularisation générale, on voit bien que les mentalités commencent à évoluer. Si la réflexion menée par le groupe de travail, dirigé par Sylvain Ducroux, préconise à terme de favoriser une sylviculture continue, on peut espérer que le cas de Sénart fasse référence un peu partout en Ile-de-France. Il faut insister sur le fait que ce type de sylviculture n'engendre pas forcément un surcoût de gestion et ne provoque pas non plus une baisse des revenus issus de la vente de bois. Les exemples qui montrent ces résultats positifs à bien des égards ne manquent pas. Dans ce contexte, on peut même souligner que le faible nombre d’arbres prélevés est un avantage et que ceux qu’on prélève, de qualité élevée et donc bien vendus, supporteront un façonnage fin, un déplacement vers un parc à grumes, etc. Les suivre relève surtout d'une volonté politique et d'une philosophie de la gestion forestière, qui seront toutes deux nécessaires ici pour parvenir à un équilibre harmonieux entre l'accueil du public et la production de bois, tout en veillant à préserver le milieu. La recherche de l’équilibre entre les différents rôles de la forêt est le message que fait passer le nouveau Président du Conseil d'Administration de l'O.N.F. quand il dit que « la prise en compte des fonctions sociales et environnementales de l'espace forestier dans sa diversité » est primordial et « que ces fonctions ne soient pas séparées ou opposées à l'objectif de production", CAULLET (2013).

 

Une autre évolution à apporter, selon moi, dans la gestion des forêts périurbaines est la transparence vis à vis des partenaires de l'O.N.F. Aujourd'hui, on organise des C.G.P., publie des articles dans les bulletins municipaux mais on ne veut pas tout dire au public et en particulier aux élus et associations avec lesquels on travaille. Par exemple, si on veut bien donner le programme des travaux et des coupes, on n'aborde jamais les volumes prélevés, le devenir des bois abattus, leur prix, etc. À ce titre, la forêt de Sénart pourrait à nouveau servir d'exemple pour les années à venir puisque les informations sur l'état des peuplements, les volumes récoltés, etc. vont être mises à disposition de tous sur une plateforme en ligne. Ces aspects, presque tabous ont pourtant de l'importance pour les interlocuteurs de l'O.N.F. et il est préférable d'entretenir une relation franche et transparente avec eux. C'est également vrai pour les dépenses d'entretien de l'offre d'accueil. Dans le cas d'une convention pour l'entretien d'un équipement entre l'O.N.F. et une commune, cette dernière ne sait pas concrètement ce qui est réalisé avec l'argent qu'elle donne, si celui-ci est totalement utilisé pour les motifs spécifiés dans la convention signée entre les deux parties. Cette situation ne favorise pas une bonne relation et n'incite pas les communes à s'engager davantage pour le financement de l'entretien de la forêt malgré tous les bénéfices indirects que la forêt représente pour leurs habitants et leur territoire. Dans le cadre d'une relation de confiance entre l'O.N.F. et les élus on devrait dans le futur, essayer de mieux argumenter auprès des seconds pour qu'ils allouent plutôt des financements à l'entretien et non à l'investissement dans des projets d'aménagement. Il faut les convaincre d'agir en faveur d'opérations qui ne se voient pas directement mais ont un fort impact sur la satisfaction des gens : la collecte des déchets, l'entretien des sentiers, etc.

(pp. 47-48)

Conclusion
 

L’objet de la phase de diagnostic effectuée pour ce rapport était de faire le point sur l’offre d’accueil de la forêt domaniale de Marly, les attentes du public et les souhaits des acteurs locaux. Il en ressort que l’offre d’accueil est globalement satisfaisante mais que les usagers et les interlocuteurs de l’O.N.F. espèrent tout de même des améliorations. Les principales attentes qui lui sont adressées concernent la sylviculture, l’exploitation forestière et la communication.
 

La suite de l’étude a consisté à déterminer les lignes de gestion à suivre pour répondre à ces attentes. La priorité a été donnée à l’aspect sylvicole. En effet il apparaît qu’un changement de sylviculture permettrait de répondre favorablement au besoin de pérennité du paysage forestier que les usagers apprécient et recherchent lorsqu’ils quittent la ville pour venir en forêt.
 

Le travail que j’ai réalisé prend en compte les avis de tous et les choix que j’ai proposés essayent de répondre au maximum aux attentes des uns et des autres en tenant compte des contraintes légales et budgétaires qui s’imposent à l’O.N.F. Pour ces raisons j’espère qu’il sera reçu favorablement par les personnes en charge de le valider et qu’il contribuera à la bonne cohabitation de tous les enjeux présents en forêt de Marly.
 

Aujourd’hui le S.A.P. est considéré comme un complément de l’aménagement forestier. Pour ma part je pense qu’il devrait constituer un prérequis obligatoire à la production de l’aménagement pour les forêts dans lesquelles l’accueil du public est particulièrement important. De la même manière, une étude paysagère et un plan de gestion des milieux rares gagneraient à être rédigés avant l’aménagement. Procéder dans cet ordre favoriserait l’intégration dans la gestion sylvicole des consignes relatives aux enjeux environnementaux et sociaux de la forêt.
 

Les dernières réflexions conduites par l’O.N.F. démontrent que le gestionnaire forestier, dans le contexte des forêts périurbaines, ne peut plus se contenter d’ajuster a minima sa gestion mais doit réellement franchir un cap et privilégier une gestion adaptée aux attentes des usagers. Le moment de sauter le pas est peut-être venu...

(p.49)

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